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N°82

20 questions à Steve Lukather 20 questions à Steve Lukather
20 questions à Steve Lukather
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En fouillant dans les tiroirs de Guitare Xtreme Magazine, nous sommes retombés sur cette interview bien rock’n’roll de Steve Lukather, réalisée en 2015 au moment de la sortie de Toto XIV, quelques mois avant le décès du bassiste Mike Porcaro. Enjoy !

Et si on se payait la tête à Toto ? Blague à part, le groupe californien le plus adulé par les vrais musicos (ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de ponctuer l’écoute d’un morceau par des « ça joue » ou des « ça groove »), a repris le chemin du studio pour nous offrir un nouvel album intitulé Toto XIV. L’objet du délit sonne un peu comme une machine à retourner dans les 80’s, mais a au moins le mérite de mettre en exergue un Steve Lukather au top de sa forme. Guitare Xtreme a retrouvé le guitariste le plus cool de la Terre, qui s’est prêté avec beaucoup de gentillesse à notre quiz.

1 – N’es-tu pas fasciné que Toto continue d’exister et de cartonner après toutes ces années ?

Si bien sûr, c’est extraordinaire, surtout que nous n’étions pas censés continuer. Pour moi, en 2007, le groupe était cramé. Mais nous avons choisi de remettre le couvert en 2010 pour une bonne cause : aider notre frère Mike Porcaro. Comme il ne peut plus travailler, c’est difficile pour lui de financer son traitement. En le faisant, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une nouvelle énergie dans Toto.

2 – Vous aviez dit que vous ne feriez plus d’albums studio en raison de l’effondrement du music business. Pourquoi avoir changé d’avis ?

L’idée est tout d’abord venue de notre manager. Nous, on était pas très chauds, parce qu’il faut bien le dire, il n’y a plus de blé à gratter dans le business du disque. Cependant, nous avions de bonnes chansons, peut-être les meilleures que nous ayons jamais écrites. On a dit : « OK! Mais on veut le faire bien, dans les règles de l’art, à l’ancienne ». Cela nous a réclamé dix mois de boulot, mais ça en valait vraiment la peine. Nous sommes tellement fiers !

3 – Tu parlais de Mike il y a un instant. Comment va-t-il ?

Tu sais, j’aimerais avoir de bonnes nouvelles, mais la vérité, c’est qu’il ne va pas bien du tout, et ça me brise le cœur. Quelle putain de maladie, cette ALS. Si cette pourriture était tombée sur moi, honnêtement, j’aurais préféré me mettre un flingue dans la bouche et en finir plutôt que de vivre un tel calvaire.

4 – Sa maladie a-t-elle changé ta façon de voir la vie?

Totalement ! Sa maladie m’a changé, mais également la disparition de mes amis proches. Depuis la mort de Jeff, j’ai perdu en tout neuf personnes qui m’étaient chères. Désormais, je me lève tôt pour travailler. Je fais en sorte de vivre pleinement chaque nouvelle journée et profite de tout le bonheur qui m’entoure, à commencer par mes gamins. Je prends aussi le temps de vivre et de prendre soin de moi. Je veux vieillir comme Ringo Starr, qui est un vieillard en pleine forme. Tu sais, il nous enterrera tous.

5 – Toto a traversé beaucoup d’épreuves. Cela vous a-t-il rendu plus fort ?

Oui, évidemment. Les gens tendent parfois à se consolider dans les moments difficiles, ce qui a toujours été notre cas. Ce groupe est invincible, c’est impossible de le tuer, la preuve : nous sommes toujours là. Il n’y a pas tant de groupes de notre génération encore en activité. Nous sommes des dinosaures, mais pas encore en voie d’extinction (sourire).

6 – Vous avez eu quelques-uns des meilleurs batteurs du monde. Que penses-tu de Keith Carlock ?

Keith est un musicien extraordinaire. Pour moi, il incarne une sorte de mélange entre Jeff Porcaro et Steve Gadd. Bien sûr, il ne joue pas exactement comme Jeff, et encore moins comme Simon Phillips, donc, il nous apporte un nouveau groove, une nouvelle énergie. Et ce mec est d’une telle gentillesse ! Il dégage de super bonnes vibrations.

7 – Es-tu branché par la spiritualité ?

Oui, mais je conchie toutes les formes de religions organisées. Pour moi, la spiritualité, ça n’a rien à voir avec le fait de donner du blé à une putain d’église. Tout ça, c’est du business, du total bullshit ! Mais je crois en Dieu, en l’univers, et je prône l’amour en toute circonstance.

8 – Cela me fait penser aux paroles de ta chanson « Right the Wrong » (sur Transition). Es-tu inquiet quant à l’avenir de l’humanité ?

Comment ne pas être inquiet quand on a des enfants et qu’on voit tous ces fanatiques répandre le sang au nom de Dieu ? Dans « Right the Wrong », j’explique à quel point je suis désabusé par rapport à la façon dont les gens se comportent les uns envers les autres, et sur ce nouveau disque de Toto, il y a une chanson appelée « Holy War », qui parle de manipulation et aussi des guerres provoquées par ces soi-disant religieux. J’ai tourné dans le monde entier, et crois-moi, nous sommes tous les mêmes. Nous aspirons tous au bonheur. La pourriture ne vient que d’une minorité d’individus toxiques et cupides.

9 – Comment as-tu réagi par rapport aux attentats parisiens des terrasses et du Bataclan ?

Ça m’a foutu hors de moi ! Franchement, c’est quoi ce bordel ? En plus, ces gars-là n’ont pas de couilles. Au lieu d’agir cagoulés comme des lâches, montrez-nous qui vous êtes vraiment !

10 – Te vois-tu plutôt comme un rebelle ou comme un hippie embusqué ?

Ce qui est sûr, c’est que je suis tout l’inverse d’une personne violente, et que je suis un écorché vif. Donc, je suis probablement un peu les deux. À vrai dire, je suis moi-même, et je me moque pas mal de la façon dont les gens me voient. Dis donc, on n’est pas censé parler de gratte à un moment ? (rires).

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11 – Hé non, pas cette fois ! As-tu peur de devenir vieux ?

Non, je flippe surtout de tomber malade. Vieillir heureux et en bonne santé, ce n’est pas vraiment un problème. Et puis, je crois à la vie après la mort, et je veux savoir ce qu’il y a après (rires). Je suis plutôt inquiet pour mes enfants. Moi quand j’étais gamin, c’est très « peace and love », avec les Beatles, les Doobie Brothers et tout ça. On s’éclatait bien. Le monde d’aujourd’hui est sinistre, et je me demande quel avenir les attend.

12 – Penses-tu que la musique soit reliée à quelque chose de spirituel ?

Oui, pas toi ? Franchement, on peut bosser la technique et la dextérité des doigts, mais ce n’est pas ça l’essentiel. Quand on écrit une nouvelle chanson qui nous donne la chair de poule, ou qu’on balance un solo qui n’a rien à voir avec tout ce que l’on a déjà joué, il se passe quelque chose d’autre. C’est au-delà de la compréhension. Certaines choses viennent d’ailleurs.

13 – Si tu pouvais te promener dans le cerveau d’un guitariste que tu adores, qui choisirais-tu ?

Jimi Hendrix, sans hésitation ! Je n’irais pas chercher dans son crâne des informations sur la musique. Je chercherais plutôt à savoir qui il était et d’où il venait. J’essaierais de comprendre d’où venait son humanité. Je sais que ce genre de choses dépasse les jeunes guitaristes attirés par la vitesse et l’égo, mais c’est pourtant l’essentiel.

14 – Tu as fait des milliers de sessions de studio dans ta vie. Aimes-tu toujours ça ?

Oui, j’adore ça, mais aujourd’hui, il n’y a plus de deals. Les producteurs travaillent tout seuls dans des homes studios, et ne font plus appel à des musiciens comme moi. J’en fais toujours, mais ce n’est pas comparable avec l’époque que j’ai connue.

15 – Serais-tu quelqu’un de nostalgique ?

Globalement, je dirais que non, mais pour le boulot, c’est différent. Quand j’avais vingt ou trente ans, j’étais appelé tous les jours pour travailler en studio au service des artistes les plus fascinants de la planète. Je parle de gens qui étaient vraiment pétris de talent. Ceux qui n’ont pas connu cet âge d’or ne peuvent pas comprendre. Aujourd’hui, on fait chanter n’importe qui sur un disque, et on fait tout n’importe comment.

16 – Es-tu remonté contre l’industrie musicale actuelle ?

Ouais, un peu quand même. L’autre jour, je regardais la cérémonie des Grammy Awards, et j’ai vraiment eu les glandes de voir cette petite tafiote de Kanye West sur scène aux côtés de Paul McCartney, en train chanter avec son horrible auto tune. Je suis peut-être hors-jeu, mais je n’arrive pas à respecter ce genre de mecs, ni tous ceux qui leur cirent les pompes.

17 – As-tu une autre passion en dehors de la musique ?

Je n’ai pas le temps d’avoir de hobbies, parce que je bosse comme un dingue tous les jours de la semaine. Je ne vais pas à la pêche, je ne joue pas au golf comme plein de rock stars… Mon temps libre, je le consacre à ma famille. J’ai carrément dû renoncer à avoir un studio à la maison, parce que je suis un « workaholic ».

18 – Si tu pouvais ramener à la vie une personne défunte le temps d’un diner, qui choisirais-tu ?

Mon frère Jeff Porcaro ! Ça fait vingt-trois ans qu’il est parti, et je pense à lui tous les jours. Il a laissé un énorme trou noir dans ma vie.

19 – Dans quel restaurant choisirais-tu de l’emmener ?

Tu le sais, j’adore la bouffe ! Pour moi, c’est comme la musique : tout dépend de l’humeur du moment et du feeling. Un restau français, italien ou japonais… peu importe, du moment que c’est de la qualité. Avec l’âge, j’ai appris à préférer la qualité à la quantité. Ça marche avec la bouffe, mais aussi avec le sexe. Tu vois, je préfère une baise torride avec une nana qui sait s’y prendre, que dix baises moyennes. Ah ah ah !

20 – Tu as vaincu ton alcoolisme il y a sept ans. Selon toi, qu’est-ce qui te poussais à boire au point de te rendre malade ?

Je n’étais pas heureux dans ma vie, man ! J’ai eu des périodes très intenses, et d’autres où j’ai touché le fond. Dans ces moments-là, je me réconfortais avec l’alcool, les clopes et la bouffe. Cela affectait mes relations avec les autres, mais aussi ma musique et mon jeu. Quand on a vingt ans, c’est rigolo de picoler, mais à cinquante, c’est juste pathétique ! Tous mes potes gratteux, comme Slash, Zakk et Eddie ont arrêté de picoler. On ne s’est même pas concerté (rires).

Ludovic Egraz

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