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N°81

Doyle Bramhall II – La gâchette facile

Après avoir fait le mercenaire de luxe durant quelques années pour quelques mastodontes du rock (B.B. King, Eric Clapton, Roger Waters, entre autres), ce fringant guitariste se penche sur sa propre carrière et nous livre son nouvel album Rich Man. Son dernier effort perso remontait à 2007 et entre temps, ce brillant styliste a œuvré pour les autres. Ce touche-à-tout de la six-cordes profite de cette pose pour se recentrer sur sa propre musique. Une belle démonstration de savoir faire …

Par Tony Grieco

Doyle Bramhall II Guitare Xtreme Magazine

Le surdoué

Bien que tombé dans la marmite très jeune, l’histoire de ce guitariste qui vit le jour à Dallas, Texas, ressemble un peu à un conte de fée. D’accord, il n’est pas le fils de « personne », puisque son père est un acteur influent de la communauté blues de cette ville. Le fiston est à bonne école et il fréquente très tôt la joyeuse troupe des Fabulous Thunderbirds… Le paternel est batteur. Il a notamment joué pour Lightnin’ Hopkins et Freddie King, mais « Doyle le second » va craquer sur la guitare de Jimmie Vaughan, juste avant de tomber sur le petit frère, Stevie Ray… Gaucher mais pas contrarié (ni contrariant), il se saisit de la gratte, la renverse et se met à reproduire ce qu’il entend, sans prendre la peine d’inverser les cordes… Ce don quasi surnaturel pour la musique va aussi l’ouvrir à d’autres styles. Il fera alors le chemin inverse en (re)découvrant Jimi Hendrix ou Johnny Winter. Il a gardé les cordes aigues en haut (remember Albert King), ce qui ne l’empêche nullement de d’assurer aussi en slide. Pour cet « Edward aux mains d’argent » du blues rock, les choses vont vite. Après le triste décès de feu SRV, il récupère la fabuleuse section rythmique de Double Trouble (le bassiste Tommy Shannon et le batteur Chris Layton) et fonde le groupe Arc Angels avec le guitariste Charlie Sexton, un autre bon client.

« Jesus On The Mainline » (ou Dieu au téléphone…)

Le groupe roule sa bosse avec quelques joutes de guitares pas tristes. Doyle, déjà prolifique, se fend d’un album sous son nom propre (Doyle Bramhall II, en 1996) et un second dans la foulée (Jellycream). « Le facteur sonne toujours deux fois », mais en l’occurrence, c’est le téléphone qui sonne avec d’abord l’ex-Pink Floyd Roger Waters qui veut incorporer le garçon comme doublure de David Gilmour dans sa tournée « In The Flesh »… Il a à peine raccroché, la sonnerie résonne à nouveau, et c’est fois, c’est « God » qui est au bout du fil. Clapton lui propose de participer à l’album Riding With The King avec justement B. B. King… Le jeune guitariste obtient définitivement sa carte d’accès au carré V.I.P. des guitaristes les plus demandés. Depuis, Il a fait parti du band de Clapton durant plusieurs années, coproduit quelques albums et fréquenté la crème des musiciens, toutes générations confondues, pour enfin trouver le temps de se consacrer à… Lui-même, et à son album Rich Man, dont nous allons parler avec l’intéressé.

« Mon parcours est un voyage qui doit être musicalement créatif, et c’est ce que j’ai tenté de faire avec cet album »

 

Tu chantes, tu joues, tu tournes, tu produis, tu écris, tu es un genre d’hyperactif, comment fais-tu pour gérer, tu ne dors jamais ?
Si, si, ne t’inquiètes pas, je dors ce qu’il faut, disons que je gère les priorités et aussi le plaisir que je prends à faire les choses, selon leur degré de créativité musicale. Ce n’est pas si compliqué en fait…

Tu as du attendre quelques années donc pour sortir ton nouvel album.
Oui, mais ce n’est pas un problème, ça ne m’a pris qu’un an à faire…

Doyle Bramhall II 2017 guitare Xtreme Magazine

Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’aimerais que l’on parle de technique assez impressionnante puisque que tu joues à l’envers sans avoir inversé les cordes… Comme Albert King ou Otis Rush.
Tu ne vas pas me croire, mais je n’étais pas au courant de ça au départ. Je me suis juste contenté de prendre la guitare qui traînait dans un coin et je me suis débrouillé comme ça, une fois que l’habitude est prise, ça devient ta propre technique et tu n’y penses même plus.

Et lorsque tu regardes d’autres guitaristes, tu arrives à cerner les plans ?
Sans problème, c’est limpide… Par contre les droitiers ont du mal à comprendre ce que je fais…

Je te confirme oui… Tu as fréquenté très jeune les grands noms du Texas blues, notamment grâce à ton père qui opérait dans leur périmètre, ça t’a influencé ?
Pas tant que ça, car bizarrement, j’étais livré à moi-même, ce qui m’a aussi laissé une grande liberté de mouvement.

Cela fait quoi d’être approché par Clapton, Dieu en personne ?
C’est fabuleux, mais si quelqu’un ne se prend pas pour dieu, c’est bien lui. Les choses se sont faites très naturellement et c’est un type humain et humble que tu as en face de toi.

Tu t’es senti sous pression ?
Pas du tout, car il te met à l’aise, pour lui tu es son égal, et il reste fasciné lorsqu’il entend des jeunes mecs qui lui mettent la claque.

Tu as un côté versatile qui te fait toucher à plusieurs styles, notamment dans ton album Rich Man, le blues, la soul, le rock, voire le rock progressif, comment évolues-tu ?
Je ne vois pas les choses en terme de « styles » en fait, c’est pour moi toujours un voyage qui doit être musicalement créatif, et c’est ce que j’ai tenté de faire dans l’album. Comme pour la technique, elle n’est pas mon « problème » et lorsque j’écoute un autre guitariste, c’est avant tout le propos musical qui m’appelle.

On te voit souvent avec ta Strato Sunburst (une série « L » de 1962), mais je suppose que tu dois en posséder une petite collection ?
Non pas tant que ça. Je fais face à un divorce coûteux (rires), alors forcément, ça limite mes moyens, (rires).

D’avec Sheryl Crow ?
(Rires) non, non, elle, elle est blindée, comme on dit !

Alors question guitares, et pédales ?
Franchement ? Je ne sais pas exactement ce que j’ai, il faudra que je regarde… Pour les pédales, je suis du genre : « il me faut celle-là, il me faut celle-ci », ça commence à faire un paquet au sol… Le truc marrant c’est qu’Eric n’a souvent qu’une simple wah wah, et sa fameuse pédale leslie et basta !

Que signifie Rich Man, je suppose qu’il ne s’agit pas de dollars ?…
NON ! Le Rich Man est un mec riche… d’émotions musicales !!

Le pedalboard de Doyle

– Shin-ei Vibe-Bro (Uni-Vibe)
– JHS Honey Comb Deluxe (tremolo vintage type Fender Blackface)
– Fuzz Zonk Machine Hornby Skewe (1966)
– Octaver Prescription Electronics Experience
– Leslie Speaker Simulator
– Strymon Timeline
– COB Prescription Electronics Experience (reverb)
– XTS Tejas Boost
– Vemuram Jan Ray (overdrive)
– Third Stone Berkos FX (fuzz silicone)
– Fuzz Berkos FX (clone de Dallas Arbiter)
– TC Electronic Polytune 2

Pedalboard Doyle Bramhall II 2017 Guitare Xtreme Magazine

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