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N°81

Frank Gambale – La montée en puissance

Dans l’histoire de la guitare, il y a les architectes, et il y a les autres. De Django Reinhardt à Les Paul en passant par Jimi Hendrix, Jeff Beck et Eddie Van Halen, tous ont été des découvreurs et des visionnaires, des « game changers ». L’Australien Frank Gambale, « The Thunder From Down Under », a gagné sa carte d’adhésion à ce club très select à la fin des années 80 en dévoilant au monde sa fameuse technique de sweeping, qui a ouvert au monde de la guitare des perspectives révolutionnaires en matière de phrasé et de virtuosité. Le maestro vient de lancer sa propre plateforme d’enseignement en ligne, la Frank Gambale Online Guitar School, avec des cursus spécialement dédiés aux guitaristes désireux de passer la seconde, voire la troisième et la quatrième. La carrière phénoménale de Frank, c’est également dix années d’enregistrements et de tournées à travers le monde avec Chick Corea et son Elektric Band, une douzaine d’albums solos qui ont doré à l’or fin les tablettes du jazz fusion, et une pléthore de collaborations pretigieuses (avec le producteur Mike Varney notamment). Pour l’heure, Frank s’apprête à vivre une fin d’année plutôt chargée, avec la sortie de son nouvel album Soulmine, qu’il a mitonné dans son propre studio avec la vocaliste Boca (alias madame Gambale) et la réactivation de l’Elektric Band. Entre deux avions, le virtuose s’est confié à Guitare Xtreme Magazine.

© Noaju Nakamura

Tu as l’air très motivé pour parler de Soulmine, ton dernier album. Est-ce parce que tu l’as réalisé « en famille » avec ton épouse Boca ?
Oui, cette collaboration avec Boca rend le projet très spécial à mes yeux, puisque nous avons composé la musique ensemble, et qu’elle chante sur une bonne partie des seize morceaux. Je suis également passé derrière le micro sur quatre chansons. Je prends toujours beaucoup de plaisir à chanter. J’avoue qu’en ce moment, même si j’adore toujours la musique instrumentale, je me trouve davantage dans une phase vocale. Bien sûr, je suis avant toute chose un guitariste, alors j’ai passé beaucoup de temps à tâtonner pour trouver un équilibre idéal entre les parties chantées et la guitare. Je suis très satisfait du résultat, et j’ai hâte de livrer Soulmine à mes fans.

N’est-ce pas tendu de travailler en couple ?
Non, il n’y a pas eu de prise de tête, parce que nous ne créons pas de la musique ensemble tout le temps. Si nous étions sans arrêt en studio et sur la route, ce serait peut-être plus difficile. J’adore Boca. J’ai eu la chance de rencontrer une femme extraordinaire, et nous avons fait une petite fille adorable qui a six ans. Je n’ai jamais été aussi heureux qu’en ce moment, et on peut ressentir cette plénitude dans la musique de Soulmine.

« Lorsque j’avais les dents longues et que je devais sortir du lot, c’était important de montrer à quel point je pouvais être flashy, mais désormais, je n’ai plus rien à prouver »

Nous espérons tout de même que tu nous balanceras un jour un nouvel album instrumental de derrière les fagots…
Oui, je le ferais très probablement. Cependant, pour ceux qui aiment mon boulot à la guitare, il y a vraiment de quoi manger dans Soulmine. Quelques-uns de mes solos favoris y figurent. J’ai eu de l’espace pour m’exprimer, parce que je ne suis pas soucié du format des chansons. Si un titre doit être court, c’est cool, mais dans le cas contraire, je ne m’impose aucune limite. Pourquoi le ferais-je ? Les stations de radio ne se sont jamais intéressé à ma musique, et d’ailleurs, elles ne s’intéressent plus à la musique du tout (rires). À ce stade de ma carrière, je veux être libre et m’éclater. Certain titres n’ont pas de solo. Je n’ai pas envie de me forcer à en faire sous prétexte que c’est ce que les gens attendent de moi. C’est tout aussi excitant de jouer de beaux accompagnements à la guitare acoustique et d’écrire de belles harmonies vocales.

Juste avant l’interview, nous avons réécouté « Truth in Shredding », ce vieil album de Mike Varney sur lequel tu joues avec un feu insensé…
Quelle expérience géniale ! C’était en 1990, je crois. Ce que j’ai joué sur cet album représente une bonne photographie de ce que j’étais à ce moment-là. C’est plutôt bon, non ? Cependant, si vous aimez la facette la plus « féroce » de mon jeu de guitare, je vous recommande d’écouter les trois albums que j’ai enregistrés avec Stu Hamm et Steve Smith. Ça déménage !

©DR

Oui, Show Me What You Can Do. C’est vrai que sur cet album, tu ne lésines pas sur le tricotage…
Oui voilà (rires). Mais je ne ressens plus le besoin de jouer avec autant d’intensité tout le temps. En vieillissant, je tends à retourner vers mes racines bluesy. Il ne faut pas oublier que j’ai commencé ma carrière en tant que guitariste de blues, et cet aspect de mon jeu a toujours été présent, même dans mes périodes fusion les plus shreddy. Pourquoi continuerais-je de balancer autant de notes ? Lorsque j’avais les dents longues et que je devais sortir du lot, c’était important de montrer à quel point je pouvais être flashy, mais désormais, je n’ai plus rien à prouver. Je suis toujours attiré par la vitesse, mais ponctuellement. On en revient toujours à cette notion de tension et de relâchement. Pour revenir à Truth in Shredding le solo que j’ai joué sur « Rocks », la reprise de Randy Brecker, est fun et libérateur, mais avec le recul, je le trouve plutôt immature. Je préfère de loin mon jeu sur Soulmine, qui représente une sorte d’aboutissement, en termes de phrasé, de musicalité, de placement, et aussi de diversité.

Ce qui est captivant, c’est que même lorsque tu joues vite, tes phrases restent extrêmement musicales…
j’ai toujours refusé de mettre la technique avant la musique. Les effets gratuits, ce n’est pas mon truc. Certains contextes musicaux appellent un jeu virtuose, d’autres non. Il faut toujours respecter l’esprit de la musique à servir.

Il faut dire qu’avec la technique que tu as développée, c’est assez tentant d’appuyer sur le champignon…
Le sweeping est un outil qui ouvre incontestablement des portes en terme de virtuosité, mais surtout, il permet au guitariste d’exécuter des séquences très difficiles à appréhender de façon conventionnelle avec un confort de jeu incomparable, notamment les arpèges. Je ne veux pas paraître arrogant, mais c’est une technique absolument fantastique, et que je suis très fier d’avoir développée. Il s’agit ni plus ni moins de la manière la plus efficace et ergonomique d’utiliser un médiator. N’est-ce pas une question de bon sens et de logique de chercher à économiser ses mouvements ?

Si bien sûr… le côté négatif, c’est que beaucoup de guitaristes utilisent le sweep uniquement pour monter et descendre des arpèges à toute vitesse…
Oui, bien sûr, et il faut avouer que c’est génial de pouvoir envoyer des plans décoiffant qui traversent toutes les cordes, mais ce n’est que la facette rudimentaire de cette technique. La plupart du temps, je me sers de micros mouvements de sweep internes pour jouer des motifs sur deux ou trois cordes, et d’ailleurs, ce sont les plus difficiles à maîtriser.

Retrouver la suite de cette interview de Frank Gambale dans le numéro 77 de Guitare Xtreme Magazine.
http://guitarextrememag.com/produit/numero-77/

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