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N°87

Constant Bourgeois – Maison de la sangle 100% cuir et 100% « made in France »

Arrivés en gare de Nantes par une matinée très clémente niveau météo, nous retrouvons Julien Carlier, PDG de Filling Distribution, société grâce à laquelle de nombreuses références en matière d’effets boutique ont pu être disponibles dans nos contrées gauloises. Nous nous enfonçons dans les terres direction Clisson, le fameux fief du Hellfest. C’est à quelques encâblées du site de cette terre promise métalleuse que se situe le siège de Constant Bourgeois. Cette entreprise familiale, spécialisée dans le négoce de cuir, s’est lancée il y a trois ans et demi dans confection de straps haut de gamme pour guitares et basses. Sur place, retrouvons Thomas Guilbaud, jeune PDG de la maison, et Julien Milin, directeur commercial chez Filling Distribution. Après une visite du site, dont un stock de peaux très impressionnant, nous avons pu assister à la naissance d’une sangle en cuir, de la découpe au piquage en passant par l’estampillage, témoignage « live » de l’impressionnant savoir-faire de ce paussier/manufacturier implanté dans la région depuis 1940. Nous nous sommes ensuite retrouvés autour d’une bonne table régionale avec Thomas et le staff de Filling pour une interview conviviale et décontractée. L’après-midi s’est ensuite terminée sous les meilleurs hospices autour de quelques bières sur la terrasse ensoleillée du Ferrailleur, célèbre club nantais située sur le fameux quai des Antilles. Let’s go!

Thomas, peux-tu nous présenter ton entreprise ?
Thomas Guilbaud : La société Bourgeois & Cie a été fondée dans les années 40 par Louis Bourgeois. Il s’agissait à cette époque, d’une industrie florissante dans la région, et ce secteur employait 15000 personnes autour de Cholet. Aujourd’hui, ce bassin d’emplois a fortement diminué et représente 2000 travailleurs au grand maximum. Mes parents ont racheté l’entreprise il y a 22 ans, et je l’ai rejointe en 2008. J’en suis actuellement le dirigeant. Nous avons créé notre marque Constant Bourgeois, qui est spécialisée dans la confection de tapis et de sangles pour instruments.

Julien Milin (Directeur commercial chez Filling Distribution) et Thomas Gilbaud (PDG de Constant Bourgeois).

Quel était ton ancien métier ?
TG : J’étais un musicien beatnik qui essayait de gagner sa vie en tournant. La musique a toujours été mon moteur, et ce depuis l’adolescence, lorsque j’ai découvert Jimi Hendrix, Led Zeppelin, les Red Hot et Rage Against the Machine. Je voulais vraiment trouver ma voie dans ce milieu. Le hasard de la vie et des rencontres ont fait que lorsque Filling Distribution s’est installé à Clisson, je partageais une colloc’ avec mon batteur juste en face de leurs locaux. Il y avait un café à l’angle de la rue qui était fréquenté par tous les artistes des environs, et nous nous y retrouvions pour l’apéro. Nous avons sympathisés et sommes devenus de très bons potes.

Julien Carlier, PDG de Filling Distrubution

A quelle moment cette idée commune de lancer une ligne de straps pour guitares et basses a-t-elle vue le jour ?
TG : Au bout d’un moment, je suis devenu assez autonome dans l’entreprise. L’idée a germé lors d’une discussion avec Julien (Milin, directeur commercial chez Filling). J’ai fais mes premiers pas avec des sangles siglée Hellfest destinées aux stands de merchandising du festival, et j’ai vraiment aimé ce travail qui réunissait mon métier de peaussier à ma passion pour la musique. On s’est dit qu’il fallait aller plus loin. Les premières sangles produites étaient assez basiques et sans piqûres, bref, le matériau dans sa plus simple expression.

Le stock de Constant Bourgeois. Une choix de peaux quasi illimité.

En regardant vos sangles, on constate que vous avez conservé cette ligne de conduite. Vos produits sont plutôt épurés…
TG : Exactement ! En réfléchissant plus en profondeur, nous avons opté pour la simplicité et la mise en valeur des belles matières, et aussi sur l’originalité des designs, à l’image de notre ligne Neutra, qui est un hommage à l’architecte Richard Neutra.

Julien Milin : Nous avons évidemment réalisé une étude de marché afin de réfléchir à l’implantation des produits Constant Bourgeois. Il s’avère qu’aujourd’hui, pour s’offrir une sangle de qualité premium en cuir véritable et 100% made in France, un guitariste doit débourser une somme assez prohibitive. Le choix de proposer des produits minimalistes, sans clous ni boucles et autres artifices, et avec le moins d’assemblage possible nous permet de nous positionner de façon très avantageuse sur le marché.

De quels prix parle-t-on exactement ?
JM : Nous sommes à même de proposer une sangle made in France entièrement en cuir pour 29 euros prix public. Sans vouloir descendre personne, les sangles entrée de gamme de nos concurrents étrangers sont entre 6 et 10 euros plus chère que les nôtres, et sont faites avec des cuirs de mauvaise qualité voire carrément du PVC.

Combien de lignes de sangles commercialisez-vous pour le moment ?
TG : Il y a les Lanthana et les Lanthana Vintage qui sont nos modèles les plus dépouillés et non piqués. Ce sont les plus accessibles. Elle sont faites d’une épaisse pièce de cuir, et sont disponibles avec des options de finition amusantes, comme ce que nous appelons le « pull up » (en Manipulant le cuir, il se marque avec des zébrures plus claires, ce qui lui confère une jolie patine). Il y a aussi les Gadolinia, les Dysprosia, les Samara, les Neutra, et les Neutra Volta, qui arborent des finitions pailletées très disco. Nous aimons jouer sur les assemblages de matières simples. L’intérieur de la sangle peut être en cuir de porc, très agréable au toucher et intéressant en termes d’absorption de l’humidité, ou bien les deux faces peuvent être en cuir bovin avec des finitions de couleurs différentes. Le musicien peut donc utiliser son strap dans un sens ou dans l’autre au gré de son humeur, de ses envies, ou de la guitare qu’il utilise ce jour-là.

Les sangles sont taillées avec une machine à guidage laser contrôlée par ordinateur. Vous avez dit "précision" ?

Outre le prix, quels sont vos autres arguments forts face à la concurrence ?
JM : Le made in France, qui est très important, et la qualité, sur laquelle nous ne faisons aucun compromis.

TG : Il y a également cette chance incroyable que nous avons d’être à la fois peaussiers et fabricants de sangles. Comme vous l’avez vu dans notre stock, nous pouvons nous laisser aller à nos délires les plus fous, car nous jouissons d’un catalogue de cuirs quasi illimité. Ce serait comme un luthier possédant sa propre scierie. Peu de fabricants de sangles ont un tel privilège.

JM : Et puis, il y a le côté organique du cuir qui est passionnant. Chaque peau est unique et raconte une histoire différente. C’est toute une expérience. Il y a le toucher de ces matières nobles, ce qu’on appelle la « main », et aussi l’odeur. Ce n’est que du bonheur. Donc, pour résumer : nous mettons à la disposition des guitaristes des produits haut de gamme abordables, très maîtrisés, et réalisés à partir de matières somptueuses.

Claire Battesti, maroquinière "de luxe" chargée de la confection des sangles en plein piquage.

Justement, d’où proviennent vos matières premières ?
TG : Alors malheureusement, Il ne reste que très peu de tanneries en France, et les dernières travaillent exclusivement pour la maroquinerie de luxe. LVMH a notamment racheté beaucoup d’entre elles. De ce fait, nous nous approvisionnons dans quatorze pays, tels que l’Italie, le Portugal, l’Espagne ou encore le Brésil. Ce choix est lié aux industries alimentaires locales, car nos pays fournisseurs n’utilisent pas la peau pour en faire de la gélatine ou des produits dérivés à base de collagène.

Les sangles Constant Bourgeois sont siglées à chaud. Sur la photo, le sceau de la marque.

De quelle façon s’exerce le contrôle qualité ?
TG : Cela fait partie de notre savoir-faire, de notre expertise. Ce contrôle qualité est hyper pointu. Les peaux arrivent chez nous après avoir subi des traitements chimiques afin de les rendre non putrescibles. Elles sont scrutées avec énormément d’attention. Nous somme très exigeants quant à l’épaisseur des cuirs, leur souplesse, leur état cosmétique (trous, griffures, défauts de finition). Nous effectuons aussi un contrôle sanitaire qui est très important, parce que les produits peuvent être portés à la bouche, notamment par les enfants.

Ludovic Egraz, rédacteur en chef de Guitare Xtreme Magazine avec Thomas Guilbaud, Julien Milin et Julien Carlier au Ferrailleur de Nantes.

Et pour les peaux de reptiles, quelles sont vos sources d’approvisionnement ?
TG : C’est une très bonne question! Les fermes de reptiles élèvent et abattent les animaux uniquement pour leurs peaux, ce que je trouve personnellement inacceptable. Nos finitions croco, lézard et serpent sont donc obtenues en travaillant à partir de peaux bovines. Les rendus sont très bluffants et réalistes, comme tu as pu le constater.

Tant que nous sommes dans les histoires « d’éthique », que proposez-vous à la clientèle vegan ?
TG : C’est très bien que tu abordes le sujet. Nous savons que la scène rock et metal, notamment, comporte de nombreux musiciens vegans, et nous nous soucions évidemment de leur éthique de vie. Nous avons développé une matière à partir de bois de noyer, qui ressemble à s’y méprendre à du vrai cuir. Nous sommes encore dans une phase de recherche, mais nous touchons au but, et d’autres pistes s’offrent à nous, comme de faux cuirs à base d’extraits de champignons. Il y aura des sangles garanties vegan chez Constant Bourgeois dans un avenir proche.

En termes d’envergure, que représente actuellement le « département sangles » chez Constant Bourgeois ?
TG : L’entreprise ne pourrait pas vivre uniquement sur ce secteur d’activité. Nous produisons également des sacs et des chaussures, ce qui, mine de rien, nous apporte une expérience non négligeable en termes de process de fabrication. Les sangles nous ont tout de même permis de créer un emploi à plein temps. Nous avons le privilège de travailler avec Claire Battesti, une maroquinière venu de l’univers du luxe qui possède un très gros métier. Bien sûr, ce n’est que le commencement.

Travaillez-vous déjà en collaboration avec des artistes ?
JM : L’endorsement, c’est plus le domaine de Filling Distribution. Pour l’instant, il y a le groupe de blues californien Sugaray Rayford qui tourne avec des sangles Constant Bourgeois custom. Nous leur remettrons d’ailleurs de nouveaux modèles cet après-midi. Il y a d’autres projets en cours. Dans un premier temps, Martial Allart (guitariste des Forbans), qui réalise pour nous de nombreuses vidéos, aura bientôt sa sangle signature.

Ludovic Egraz