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N°82

John Baizley / Peter Adams – Baroness

Les ricains durs à cuire de Baroness pratiquent un rock heavy, rugueux et furieusement psyché. Leur quatrième opus Purple, véritable voyage musical sous opium, ressemble à un carambolage entre le Floyd, Grand Funk Railroad et le Metallica de Master of Puppets. Nous nous sommes retrouvés de bon matin en face de John (guitare/chant) et Peter (guitare), les deux barons en chef. Ces lascars semblent tout droit sortis d’une série Z américaine. Le premier, le visage osseux, le front haut et dégarni et les yeux cernés à faire peur, ressemble pile-poil à l’idée que l’on se fait du serial killer sociopathe. Quant au second, avec son strabisme divergent et son sourire niaiseux, on hésiterait presque à lui tourner le dos. Mais comme on dit, il ne faut jamais juger un livre à sa couverture. Très charmants, ils ont répondu à nos questions.

Jouez-vous ensemble depuis longtemps ?
John : Avec Peter, nous avons écouté les mêmes disques et appris nos premiers riffs ensemble. À certains moments, nos chemins se sont séparés, et puis nous avons démarré Baroness en 2003. On n’a jamais lâché le morceau. Notre vie, c’est la musique.

Purple a-t-il le potentiel pour vous sortir les fesses des ronces ?
Peter : Je le pense oui. Notre musique n’est pas exclusive et tend à devenir plus mélodique, sans pour autant perdre en puissance. Purple est un album varié et équilibré.

J : On nous catalogue souvent punk ou metal, mais désormais, on voit des gens très divers venir à nos concerts, des fans de rock lambda qui viennent faire la fête avec leurs gamins.

P : C’est un peu comme les Melvins. En surface, on peut les considérer comme un groupe de heavy metal, mais leur musique est bien plus profonde que ça.

D’où vous vient cette propension à user et abuser de la fuzz ?
J : Quand on était gamins, on adorait Superfuzz Bigmuff de Mudhoney. On ne comprenait pas le titre à l’époque. Et puis un jour on a pigé.

P : On est des fous de Big Muff. Il y en a partout sur Purple. Le modèle Russe est notre favori, mais nous utilisons aussi des versions Américaines, et des clones boutique que nous trouvons de-ci de-là. C’est une science. Certaines sonnent bien avant ou après un overdrive, sur un canal distordu ou clean, ça dépend…

J : C’est comme quand tu prends un rail de coke avant ou après un acide. L’effet est forcément différent (rires).

Il y a aussi ces guitares harmonisées, qui sont omniprésentes…
P :
C’est une façon de donner à notre musique une dimension plus orchestrale sans ajouter d’instruments et en restant agressifs. On a chopé ça chez les Allman Brothers et Metallica. Même Boston…

J : On appelle ça la « Boston Theory » (rires). À nos débuts, peu de groupes de notre scène faisaient des harmonisations. Cela nous a permis d’être différents, et aussi de pallier à notre manque de technique.

Quel matos avez-vous utilisé sur Purple ?
M :
Je joue sur des amplis Budda, qui sont constants et pratiques. Ils prennent bien les pédales aussi. Cependant, je reste attaché à mon MatAmp GTO 120, le genre de tête son clean qui possède un headroom de taré. Il va jusqu’à 11 pour de vrai (rires). J’utilise des Gibson, principalement des Les Paul.

J : Moi je suis plutôt branché Fender pour les amplis. En ce moment j’ai une config stéréo avec un Princeton et un 65 Blackface Reissue. En studio, j’avais aussi un vieil ampli Premier B-160 un peu rincé et un AC30. Je joue avec des guitares G&L.

Ludovic Egraz

Barones