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N°83

John Petrucci (Dream Theater) – 10 albums qui ont changé sa vie John Petrucci (Dream Theater) – 10 albums qui ont changé sa vie
John Petrucci (Dream Theater) – 10 albums qui ont changé sa vie

Il est parfois difficile de comprendre d’où vient la musique de nos héros, surtout dans le cas d’un caméléon tel que John Petrucci, qui envisage son art à 360 degrés, gérant la musique, mais aussi les textes des chansons et la scénographie. Le meilleur moyen d’y voir plus clair est probablement de creuser dans le passé des musiciens, et de dénicher les albums cruciaux qui ont bouleversé leur existence. Pour ce nouveau Best Of, Guitare Xtreme a passé le cerveau de Dream Theater à l’interrogatoire. GO !

1 – YES
Fragile (1971)
guitariste : Steve Howe

J’avais des voisins qui écoutaient à mort Rush et Yes. Je les considérais un peu comme des grands frères, alors forcément, je voulais écouter ça aussi. Fragile m’a particulièrement marqué. Ce n’est pas un hasard si on retrouve la même instrumentation dans Dream Theater. Steve Howe a été une influence importante. Non seulement parce qu’il utilise la guitare de façon orchestrale, mais aussi parce qu’il change de son en fonction des chansons. Il passe d’une hollowbody ES-175 à une acoustique à cordes nylon ou une douze cordes… C’est un peu mon Jimmy Page à moi (rires).

2 – RUSH
Hemisphere (1978)
Guitariste : Alex Lifeson

S’il y a un album que j’ai saigné, c’est bien celui-ci, et pourtant, je n’arrive pas à m’en lasser. Il y a des chansons incroyables comme « The Trees », « Strangiato », et bien sûr toutes les chansons la face A. C’est du rock, mais en même temps, il y a une narration, et en ce sens, cela a été une vraie révélation. Plus tard, j’ai eu le même choc en découvrant certains disques d’Iron Maiden. Neil Peart possède une très belle plume, et une sacrée imagination. Mon goût pour la fiction vient probablement de lui. En plus, le son de Rush était plus heavy que la moyenne. Quant à Alex, quel guitariste intelligent et généreux ! J’ai appris un paquet de voicings d’accords vraiment cools en disséquant ses parties. Je pense à cette façon de jouer des power chords avec des extensions qu’il chope par le biais des cordes à vide afin de faire sonner des add9 ou des sus2. Cela produit un son riche et énorme. Avant de connaître l’harmonie, je les appelais « les Lifeson chords » (rires).

3 – Steve Morse
The Introduction (1984)
Guitariste : Steve Morse

Big time ! J’écoutais déjà les albums de Dixie Dregs, que je trouvais passionnants, mais lorsque je me suis penché sur la carrière solo de Steve, et particulièrement cet album, j’ai pris une grosse raclée. J’ai passé des nuits à repiquer toutes les phrases qu’il joue dans ce disque, et c’est peut-être l’étape qui a été la plus décisive pour le développement de ma technique. Je recommande à tous les lecteurs de Guitare Xtreme d’apprendre « On the Pipe ». On y trouve des licks pas du tout orthoses, qu’il a piqué à des violonistes ou des claviéristes, et qui sont hyper difficiles à jouer sur une guitare en aller-retour, à cause des sauts de cordes et des arpèges. Et puis il swingue comme un enfoiré.

4 – Metallica
Master of Puppets (1986)
Guitaristes : James Hetfield & Kirk Hammett

Ce disque a été un tremblement de terre. Non seulement c’est hyper heavy et brutal, mais en plus, les chansons sont fantastiques. Les autres groupes de thrash n’arrivaient pas à conjuguer la puissance avec la mélodie, et leurs arrangements n’étaient pas aussi aboutis. Bon et puis il y a ce son de guitare énorme et frontal, typique du Boogie 2C+, avec beaucoup de gain et de compression. Comme tu le sais, ma tête signature est basée sur cet ampli. Donc soniquement parlant, c’est peut-être l’album qui a changé ma vie. Malgré toutes les vacheries que j’entends sur Kirk, je continue de l’adorer. Il fait partie de ceux qui m’ont tiré vers le haut, et je lui en serais toujours reconnaissant.

5 – Al Di Meola
Casino (1978)
Guitariste : Al Di Meola

À un certain moment, je suis devenu plutôt bon à la guitare, les mêmes voisins qui m’avaient branché sur Yes m’ont dit : « Hé John ! Il faut que tu écoutes cet album ». Je commençais à me débrouiller avec les plans de Steve Morse, et là, j’ai eu l’impression d’arriver au sommet d’une montagne, et de me retrouver au pied d’une autre trois fois plus haute (rires). Tout d’un coup, je découvrais les influences latines et les phrasés plus chromatiques et encore pleins de nouveaux accords. Au lieu de me décourager, cela a renforcé ma soif d’apprendre et de progresser.

6 – Yngwie Malmsteen
Rising Force (1984)
Guitariste : Yngwie Malmsteen

Je connaissais déjà son jeu sur le premier album de Steeler que j’écoutais beaucoup, mais là, je n’en croyais mes oreilles. Il laissait exploser toutes ses influences néo-classiques, et à l’époque, il était le seul à faire cela. Blackmore, Uli Roth et Schenker s’inspiraient aussi de la musique baroque, mais Yngwie en a fait un style à part entière, et j’ai toujours été admiratif des innovateurs. Bien sûr, j’ai tout donné afin d’être capable de reproduire ce qu’il faisait, les traits fulgurants, mais aussi le vibrato et le toucher. Ce mec est monstrueux !

7 – Stevie Ray Vaughan
Couldn’t Stand the Weather (1984)
Guitariste : Stevie Ray Vaughan

Étrangement, je n’ai jamais été fan de Jimi Hendrix. J’aime, je respecte, je connais les chansons, mais je n’ai jamais eu le déclic comme bon nombre de mes amis. Pourtant, la première fois que j’ai entendu Stevie Ray Vaughan jouer « Voodoo Chile », ça a été le grand frisson. Le mec jouait du blues, mais avec le même feu et la même énergie que les rockeurs que j’écoutais. Là encore, j’ai passé beaucoup de temps à reproduire des instrumentaux comme « Scuttle Buttin’». Cela a été une bonne leçon concernant le son également. C’est imparable !

8 – Iron Maiden
Piece of Mind 
Guitaristes : Dave Murray / Adrian Smith

Avec John Myung, nous étions totalement obsédés par Maiden. Ils ont été nos premiers modèles. On voulait avoir nous aussi un groupe comme le leur, et partir sur la route comme ils le faisaient. À chaque fois que le groupe jouait à New York, nous étions forcément dans la fosse. Outre la musique, la production de leurs concerts nous impressionnait beaucoup. Ce sont aussi ces mecs qui nous ont enseigné à quel point il est primordial de rester proche de son public. Franchement, ils ont l’attitude la plus cool du monde. J’ai pompé mon vibrato sur celui d’Adrian.

9 – Ozzy Osbourne
Diary of A Madman (1981)
Guitariste : Randy Rhoads

Bien sûr, découvrir Randy Rhoads a eu un impact phénoménal sur mon jeu de guitare, mais j’ai autant été bluffé par son jeu que par son style d’écriture. Il y avait des influences classiques, mais ce n’était pas aussi caricatural que chez Yngwie. La musique de cet album est sombre et sinistre, mais très goûtue et mélodique. J’adore « Over the Mountain » et « Flying High Again », mais le titre éponyme reste pour moi un sommet en matière d’écriture et d’arrangements. Il y a tout ce que j’aime dans ce petit chef-d’œuvre.

10 – Van Halen
Van Halen (1978)
Guitariste : Eddie Van Halen

Je n’ai carrément rien compris au film. Quand j’écoutais Zeppelin ou AC/DC, j’arrivais à imaginer la façon dont ils posaient leurs doigts sur le manche, mais avec Eddie, j’étais complètement largué. Je ne connaissais personne capable de jouer « Eruption » ou « Mean Street », et il n’y avait pas de YouTube à cette époque. C’était assez frustrant, mais d’un autre côté, l’ado que j’étais a vécu des moments d’émotions très intenses. À chaque fois que j’arrivais à piger l’un de ses trucs, je me sentais comme le roi du monde. Ce sont des moments magiques et inoubliables.

Ludovic Egraz