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N°83

Music Quiz – Joe Bonamassa Music Quiz – Joe Bonamassa
Music Quiz – Joe Bonamassa

Nouveau messie de la gratte pour les uns, jeune premier du blues froid comme la glace pour les autres… le tout juste quarantenaire Joe Bonamassa peine à faire l’unanimité dans sa propre communauté. Pourtant, sa petite entreprise ne connaît pas la crise, et une chose est certaine, le musicien n’a pas peur de relever ses manches (son manche?) et de bosser. Véritable machine de guerre, il enchaine à un rythme effréné les enregistrements (solos ou collaboratifs) et les tournées marathons sur tous les continents. Guitare Xtreme Magazine est allez à la rencontre de Joe avec quelques albums sous le bras, histoire de le soumettre à un quiz « spécial solo ». Il s’est prêté au jeu avec beaucoup de plaisir, et n’a pas laissé au vestiaire son sens de l’humour bien corrosif.

1 – AC/DC
« Rock the Blues Away »
Album : Rock or Bust (2014)

Dans une autre vie, Angus aurait pu être le remplaçant de Paul Kossoff dans Free. Ils ont le même vibrato, une inspiration terrible, et puis ce son très direct et organique d’une Gibson branchée dans une tête Marshall qui prend immédiatement aux tripes. Je ne connais pas ce titre. C’est sur l’un des derniers disques ?

Sur le dernier oui. Ne trouves-tu pas que l’on retrouve ici l’esprit garage des vieux albums, tels que « Powerage » ?
Oui, je suis assez d’accord. Tu sais, personnellement, ce n’est pas la période Bon Scott que je préfère. J’adore les solos de « Back in Black » et de « Thunderstruck ». Peut-être que ces albums sont plus de ma génération. Toujours est-il qu’Angus est une légende, et un excellent joueur de blues.

2 – VAN HALEN
« Could This Be Magic »
Album : Women And Children First (1980)

C’est Eddie Van Halen, n’est-ce pas ? Ce mec possède une telle empreinte et un tel « time » que l’on arrive à le reconnaître sur le seul morceau qu’il a joué en slide ; et encore, je ne l’avais jamais entendu. Que dire… À l’évidence, ce n’est pas son domaine d’excellence. Je veux dire… Personne ne pourrait le confondre avec Ry Cooder, si tu vois ce que je veux dire (rires).

Il m’avait confié avoir joué ce solo avec un briquet et en une seule prise
Alors pour une seule prise, ce n’est pas si mal, mais Eddie excelle dans beaucoup d’autres domaines que celui-ci. Ce solo est presque anecdotique.

3 – Gus G.
« Dreamkeeper »
Album : I Am the Fire (2014)

On dirait des plans à la Doug Aldrich… Le mec joue super bien, rien à dire, mais je ne sais pas qui c’est.

Il s’agit de Gus G., le gratteux d’Ozzy Osbourne…
Je vois ! C’est un gars hyper sympa. J’ai fait sa connaissance durant l’été 2015 à Los Angeles, parce qu’il est venu me voir en concert. Je connaissais un peu son groupe Firewind. On entend qu’il a beaucoup étudié les jeux de gars comme Michael Schenker ou Yngwie Malmsteen. Par contre, côté son, il y va un peu fort au niveau du gain et de la compression. Ça déboule aussi un peu trop systématiquement sur le manche à mon goût. Ce n’est pas vraiment mon école, mais il déchire.

T’intéressais-tu aux guitaristes d’Ozzy quand tu étais plus jeune ?

Non pas du tout. Ce n’est pas que je n’aime pas, mais ça ne résonne pas en moi. Randy Rhoads a écrit de bons riffs classiques, et il avait le feu en lui. Je le respecte, même si j’ai toujours trouvé qu’il avait un son assez naze. Je ne suis pas sensible au jeu de Jake E. Lee, mais alors pas du tout. Zakk Wylde, c’est différent. Il y a beaucoup de soul et de passion dans ses leads. Mais ces « fast guns » sont tous des amateurs à côté de Tony Iommi (rire provocateur). « War Pigs », man ! Ça, c’est du blues rock venu tout droit des enfers. Il y a tout ce que j’aime chez lui : le son, la simplicité, et surtout un son dévastateur.

4 – Eric Johnson
« Gem »
Album : Up Close (2010)

Magnifique ! Comme je le dis souvent, il y a deux Eric qui ont changé ma vie : Clapton et Johnson. C’est en les écoutant et en essayant de les imiter que j’ai forgé mon « logiciel ». Eric est un maitre, et je revendique haut et fort son influence. Je connais plein de guitaristes qui n’aiment pas être comparés à d’autres. C’est nul ! Moi je dis avec franchise que ce que je joue découle de mes maitres, qu’il s’agisse des deux Eric, des trois King ou de Ry Cooder.

Que penses-tu d’Eric lorsqu’il joue du blues ?
C’est super ! Il y a quelques années, il est monté sur scène avec moi à Austin pour jouer « Further on Up the Road » et « Blues Deluxe », et il a vraiment cassé la baraque. Eric a vraiment le blues. C’est le seul « fast player » que j’aime viscéralement, parce qu’il a un son majestueux, ou plutôt devrais-je dire « des » sons.

5 – Yngwie Malmsteen
« Ouverture 1383 »
Album : Marching Out (1985)

Pour moi le shred, c’est un peu comme le smooth jazz. Tous les mecs ont le même son interchangeable. Ça me fait vraiment le même effet que ces guitaristes de jazz proprets qui font des octaves à la Wes Montgomery sur des ballades FM. C’est chiant à en crever. Mais Yngwie, c’est l’exception qui confirme la règle. C’est un « single coil » player avec un vrai toucher d’enfoiré, et il utilise du matos traditionnel. Tu sais, lorsque j’ai écouté Rising Force pour la première fois, j’ai vraiment cru que la bande avait été accélérée (rires). Quand j’ai réalisé qu’il envoyait vraiment à ce point-là, j’ai renoncé à essayer de devenir le plus rapide. J’ai compris que c’était perdu d’avance (rires). J’aime écouter Yngwie doses homéopathiques. Au bout de quelques minutes, je ne peux pas m’empêcher d’éclater de rire. Il peut jouer tellement vite et bien que cela en est ridicule.

6 – Mastodon
« The Hunter »
Album : The Hunter (2011)

On dirait vraiment le jeu de Ty Tabor, mais ce n’est pas King’s X. Le mec ne joue pas assez bien… Qui est-ce ?

Il s’agit d’un solo de Brent Hinds avec Mastodon.

C’est la première fois que j’entends leur musique. J’ai lu des papiers sur Mastodon dans les magazines, mais je ne les connais pas. Que dire de ce solo… C’est potable, le mec fait de son mieux. Non, n’écrit pas ça, on sent que je taille. Les fans de Mastodon vont me haïr (rires)

Tu ne goûtes-tu pas au feeling planant et floydien de ce moment musical…
Houlà ! Je ne voudrais pas te manquer de respect, ni à Brent d’ailleurs, mais sérieusement, on est très loin de la classe d’un David Gilmour. En même temps, je ne veux pas passer pour un connard auprès de tes lecteurs. C’est impossible de juger le talent d’un musicien sur huit mesures. C’est un solo qui colle à l’esprit du morceau, et le mec à l’air… capable (rires).

7 – John Norum
« It’s Only Money »
Album : Play Yard Blues (2010)

C’est Zakk Wylde ? Non c’est trop fin pour être lui… Je ne voudrais pas dire n’importe quoi, mais j’ai l’impression d’être en terrain connu.

Tu as joué avec lui. Il est nordique…
OK ! C’est John Norum ! C’est un mec d’une rare gentillesse et un musicien très sous-estimé. Europe est aussi un groupe sous-estimé. J’ai vu plusieurs de leurs gigs, et ils assurent comme des bêtes. Bon solo, John. Ça sonne !

8 – Pink Floyd
« Confortably Numb »
Album : The Wall (1979)

Bon, là c’est du sérieux, on arrête de plaisanter. Déjà, il y a le choix des notes. On peut chanter cette mélodie naturellement. Le solo est tellement bien construit et si tuant de simplicité qu’on le retient pour la vie. Ensuite, il y a le son qui est absolument somptueux, et le toucher, l’articulation des notes. Gilmour est un maitre, un musicien précieux et unique.

Peut-on dire qu’à sa façon, il joue du blues ?
Non, ce n’est pas un guitariste de blues. Il peut parfois s’en approcher de très près, comme sur l’introduction de « Shine On You Crazy Diamond ». Il utilise les gammes de blues, mais sa musique, elle, n’a rien à voir.

9 – Symphony X
« Nevermore »
Album : Underworld (2015)

C’est quoi ce délire ? (il se marre ndr). Pour moi, cela pourrait être n’importe quel shreddeur qui tenterait d’imiter Joe Satriani et Steve Vai en violant d’une pédale Whammy. Techniquement je n’ai rien à dire, mais quel est le but de ce solo ? Pourquoi adopter un jeu aussi démonstratif ? Je suis perplexe…

10 – Guthrie Govan
« Regret #9 »
Album : Hand. Connot. Erase. (Steven Wilson)

Le son est très beau, c’est expressif. À certains moments, j’ai l’impression d’entendre jouer Neil Schon et à d’autres Allan Holdsworth. Je pense qu’il s’agit de Guthrie Govan.

C’est lui, avec Steven Wilson de Porcupine Tree…
OK ! J’aime bien Guthrie. Nous nous sommes rencontrés il y a une paie durant l’enregistrement de 6 Strings Theory de Lee Ritenour. Lee avait invité beaucoup de guests sur ce projet, et la séance de Guthrie était juste après la mienne, et je suis resté pour écouter sa prise. Je m’étais dit : « Ce type a envoyé plus de notes en quelques mesures que moi durant toute l’après-midi » (rires). Même si ce n’est pas vraiment ma came, Je le trouve extraordinairement bon.

Par Ludovic Egraz