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N°82

Paul Bigsby : histoire d’un génie oublié Paul Bigsby : histoire d’un génie oublié
Paul Bigsby : histoire d’un génie oublié
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L’épopée de la guitare électrique solid body ne retient généralement que deux noms : ceux de Leo Fender et de Les Paul. Ces deux géniaux architectes de la facture instrumentale ont su tirer les marrons du feu, mais une injustice mérite néanmoins d’être réparée, car historiquement, le véritable inventeur de la solid body moderne est Paul Adelbert Bigsby, un homme au caractère bien trempé, et dont le parcours a été extraordinaire. Comme vous le verrez, la vie de ce génie méconnu, artisan besogneux et compétiteur né, a été scindée par deux passions dévorantes : la moto et la musique. Surtout connu pour les vibratos qui ont fait sa fortune, Bigsby, simplement appelé « P.A » par ses amis et collaborateurs, est à l’origine de nombreux concepts que l’on retrouve sur la plupart des guitares d’aujourd’hui, et bien plus encore.  

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Un gamin habile de ses mains

C’est en 1899 que Paul Aldebert Bigsby voit le jour. Ses parents, Charles Bigsby et Elle Morgan ont déjà un fils Carl, qui est d’un an son aîné. La famille déménage dans l’Illinois, à Elgin. C’est dans cette petite bourgade située en banlieue de Chicago que notre sujet vivra une enfance heureuse et sans encombre. Dès le début de son apprentissage professionnel, à onze ans, le jeune homme fait preuve d’une dextérité extraordinaire. Il apprend à travailler le bois et à dessiner des plans. En 1910, les Bigsby font le grand saut et s’installent en Californie, à Los Angeles. Finalement, son excellence dans les travaux de précision pousse Paul à se spécialiser dans la conception de moules pour les pièces en acier, notamment pour la fonderie automobile. À cette époque, les pièces sont façonnées en bois et entièrement à la main, et servent à créer des moules de sable dans lesquels le métal est coulé afin de créer les pièces. Toutes les connaissances qu’il emmagasine à cette époque seront cruciales pour la suite.

La fureur des circuits

Les hormones adolescentes aidant, le jeune P.A se prend d’une passion dévorante pour la moto, l’objet en lui-même, mais aussi les courses. Il commence à concourir, se fond dans le milieu des circuits comme un poisson dans l’eau, et remporte son premier trophée à tout juste vingt ans. Notre ami devient rapidement une gloire locale. Cependant, P.A a de la suite dans les idées. Fier de sa réputation de coureur, il ouvre une concession pour vendre des pièces détachées pour la marque Indian, Pettipiece & Bigsby, à Reno, dans le Nevada. Il continue parallèlement de s’investir dans sa carrière de pilote avec succès, et apparaît fréquemment dans les magazines spécialisés. La vie est belle !

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À la guerre comme à la guerre !

P. A abandonne les courses petit à petit. La dangerosité du sport mécanique le fait cogiter, surtout qu’il a déjà été victime de plusieurs accidents et que son corps commence à accuser le coup. Aidé par son gros carnet d’adresses, il monte un business à Los Angeles avec son frère Carl, afin de promouvoir les courses et les événements autour de la moto. Il joue même les journalistes pour quelques gazettes locales et devient aussi commentateur sur les circuits. Mais l’expertise technique de ce surdoué intéresse toujours les fabricants de pièces détachées et autres préparateurs moto, qui ne manquent pas de faire appel à son expérience et son savoir-faire. Le pays sollicite lui aussi les talents de Bibsby. Les USA entrent en guerre en décembre 1941, et notre ami, en bon patriote, contribue à l’effort de guerre en concevant des pièces militaires pour la Production Pattern & Manufacturing Company of Los Angeles. Un peu avant la fin du conflit, P. A souffle sa quarantième bougie. Son épouse Gwendoline vient de lui donne une petite fille, Mary. Pour lui, il est temps de raccrocher et de changer de vie.

Tout pour la musique !

Musicien semi-professionnel, P.A taquine avec aisance la guitare acoustique et la contrebasse, et joue dans des groupes locaux de country music et de western swing. La scène californienne est foisonnante, et avec son sens inné du relationnel, il ne tarde pas à se faire connaître comme le loup blanc dans ce milieu, et à fréquenter beaucoup de musiciens professionnels, qui deviennent pour la plupart ses amis. Bon nombre d’entre eux se plaint de la qualité approximative des lap steels et des guitares, ce qui met aussitôt en éveil le flair de notre inventeur. Celui-ci juge qu’il y a moyen de faire beaucoup mieux que les marques existantes et s’engouffre dans la brèche, guidée par sa soif de l’excellence et son sens artistique affutés.

The age of steel

L’aventure de la facture instrumentale débute en 1944 pour P.A. Durant son temps libre, il cherche, développe et élabore des prototypes, et se rend aux concerts pour échanger avec les musiciens, afin de mieux cerner leurs besoins. C’est de cette façon qu’il fait la connaissance du virtuose Earl James « Joaquin » Murphy, une gâchette du pedal steel. P. A lui confie l’un de ses protos de pedal steel, que Murphy adopte immédiatement. Conquis, le musicien lui commande dans la foulée un modèle double eight (deux manches à huit cordes) en érable birdeye et équipé de micros fer à cheval en aluminium, eux aussi signés Bigsby. On peut voir Murphy utiliser ce monstre dans un épisode de la série The Three Stooges, « Rockin’ in the Rockies » (1943). Il rencontre également Speedy West, un steeliste en devenir très prometteur. Visionnaire, il lui accorde sa confiance en lui fournissant un pedal steel à crédit (West sera une star nationale quelques années plus tard). Bigsby commence à buzzer de plus en plus. Bientôt il travaille pour le gratin des joueurs de steel, de Noel Boggs à Barney Barnes en passant par Bud Isaacs et bien d’autres.
À cette époque, P.A fréquente deux hommes qui, comme lui, cherchent à solutionner des problèmes en matière de son et de facture : Les Paul et Leo Fender. Les informations circulent, et P.A développe son propre micro pour électrifier les guitares, une extrapolation du modèle Charlie Christian de Gibson, muni d’un capot en aluminium moulé, qui crée un bouclier autour du micro. Tous les exemplaires étaient bobinés à la main par ses soins, à l’aide d’une machine qu’il avait lui-même conçue et fabriquée. Ce pickup fonctionnant particulièrement bien en position chevalet, il attire la convoitise de Chet Atkins et surtout de Merle Travis, un guitariste virtuose du country & western.

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Mon ami Merle et moi

Entre P.A et Merle Travis, une solide amitié se noue. Les deux hommes partagent les mêmes centres d’intérêt : les sports mécaniques et les guitares. Ils se rencontrent en 1947 par l’intermédiaire de Murphy, sur une course de moto où P.A était commentateur. Entre eux c’est le coup de foudre. Travis est même régulièrement convié aux pique-niques dominicaux de la famille Bigsby.
Il soumet à P.A sa Gibson L-10, dont le vibrato Vibrola (inventé par Doc Kauffman en 1935 et dont l’action s’effectuait sur le côté) est inutilisable, tant il ne tient pas l’accord. Il demande à son ami de régler le problème. Selon P.A, l’engin souffre à la base d’un gros défaut de conception. La tension des ressorts ne suffisant pas à compenser celle des cordes, il est physiquement impossible de garder la guitare juste. Signe du destin : il promet à son ami de plancher sur un nouveau type de vibrato fiable et fonctionnel.

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L’ADN de la solid body

En 1946, Les Paul présente sa première tentative de guitare solid body (The Log) au staff de Gibson, et se prend un bide. De son côté P.A réalise son propre prototype, une petite guitare au corps octogonal, inspiré de ses lap steels et très difficile à jouer. Comme à son habitude, il avait inscrit le nom de son futur propriétaire sur le gabarit, en l’occurrence un certain Les Paul. Effectivement, l’objet a refait surface il y a 25 ans lors d’un vide-grenier, à quelques kilomètres du domicile de Les Paul. Plusieurs tentatives du même acabit verront le jour. Convaincu du potentiel de Bigsby, Merle Travis lui passe commande en 1948 d’une solid body de plus grande taille, qui posséderait un sustain identique à celui de ses lap steels, et surtout avec les six mécaniques alignées pour faciliter le remplacement des cordes. Merle lui dessine approximativement la forme de l’instrument souhaité sur une feuille de papier. Quelques mois plus tard, P.A livre la guitare. Le corps rappelle celui des guitares espagnoles (le cutaway sera taillé par la suite), et la tête, ressemblant à celle d’un violon vu de profil, arbore les six mécaniques alignées. Ce détail esthétique très élégant et original n’échappera pas à un certain Leo Fender. La guitare de Merle Travis est ce qu’il convient d’appeler la première véritable solid body destinée à un musicien professionnel. Le manche traversant accueille les deux ailes collées qui constitue le corps (le tout en érable birdeye). Ses côtés sont « chambrés » en deux compartiments, et le dos est en plexiglas. Les pièces décoratives en noyer, dont le bas du cordier, évoquent elles aussi l’esthétique da lutherie classique européenne. P.A construira plusieurs guitares plus ou moins similaires pour d’autres musiciens, dont George Grohs et Tommy « Butterball » Paige.

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Haute trahison

 

Un soir de gig, Leo Fender approche Travis. Comme ce dernier est son ami, il arrive à le convaincre de lui prêter sa nouvelle guitare durant plusieurs jours. Le musicien accepte, chose qu’il regrettera amèrement par la suite. Fender, quant à lui, niera cet épisode toute sa vie. La tête de sa future Telecaster est plus qu’inspirée de celle en volute de la guitare de Merle, et ne parlons pas de la crosse de la Stratocaster. Les similitudes sont plus que frappantes. P.A, qui a souvent partagé ses idées avec ses amis concepteurs, dont Fender, se sent trahit. Pour couronner le tout, lorsque Ted McCarty décide de contrattaquer suite au succès de la Telecaster en sortant la Les Paul en 1952, le corps de cette dernière évoque à s’y méprendre celui de son instrument. Paul est anéanti.

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De la guitare aux accessoires

Paul Bigsby ne souhaitait pas que son business prenne trop d’ampleur. Il travaillait de façon artisanale dans un esprit custom shop, et prenait beaucoup de plaisir à se transcender pour produire des instruments haut de gamme destinés aux professionnels les plus exigeants. En cela, nous pouvons le considérer comme le père des instruments « boutiques ». Travaillant entièrement seul, il peine à produire une guitare par mois. Pour rentrer des sous, il effectue également des réparations et des modifications, par exemple, en « remanchant » des acoustiques Gibson ou Martin avec son propre manche à tête en volute, ou bien en montant sur les guitares de ses clients ses micros en aluminium maison. Mais blasé par le manque de fairplay de ses concurrents, il se focalise sur les accessoires, qui représentent pour lui un nouveau challenge. Il créé notamment la première pédale de volume, ainsi qu’une pédale de tonalité, qui, d’une certaine façon, préfigure la wah wah. C’est à ce moment-là que ressort des circonvolutions de son cerveau l’idée de concevoir un nouveau système de vibrato.

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La naissance du « True Vibrato »

Rassemblant toute son ingéniosité et son savoir-faire, P.A met au monde un vibrato révolutionnaire, qui continue d’être utilisé en 2016 par des milliers de guitaristes : le fameux « Bigsby ». Comme pour les pièces mécaniques qu’il réalisait jadis, il sculpte chaque morceau du vibrato dans du bois, et réalise des moules en sable, dans lesquels il coule un alliage constitué d’aluminium, de magnésium et silicone. Le premier proto sort de l’atelier en 1951. P.A baptise son invention le Bigsby True Vibrato. Le bras était fixe (détail qui sera corrigé par la suite), et la compensation de la tension des cordes était assurée par un élastique, et non par un ressort. Il était possible de pitcher les notes d’un demi-ton dans un sens comme dans l’autre. En décodé : il valait mieux oublier le dive bombing !
Les prototypes sont aussitôt étrennés par Travis, et les premiers modèles de production sont adoptés par Hank Garland, Hank Thomson, Chet Atkins, et bien sur Les Paul, qui décide de l’installer sur ses… Les Paul. Le brevet du Bigsby True Vibrato est tamponné en mars 1953. Finalement peu rancunier, ou plutôt très intelligent, P.A conçoit même un modèle spécial pour s’adapter à la Telecaster de Leo Fender. Ce dernier est pourvu d’un espace pour accueillir le micro aigu, et fait aussi office de chevalet. Echaudé, il décide de breveter également cette version spécifique du vibrato.

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Les lauriers de la gloire

Le succès est immense, et Bigsby réalise qu’il peut gagner beaucoup d’argent grâce à son vibrato. Il se concentre donc sur la production de ce dernier, agrandît son atelier, et embauche quelques employés, dont sa fille Mary, pour accélérer la cadence. Il sous-traite également la fabrication de certaines pièces, comme la barre de contrôle. La situation est d’autant plus pressante que Ted McMarty, l’homme d’affaires de Gibson, propose un gros deal à P.A. Il désire acheter autant d’unités que possible, et en veut même l’exclusivité. Rusé, P.A parvient à convaincre McCarty d’accepter que d’autres marques (à commencer par Gretsch) puissent équiper leurs instruments de vibratos Bigsby, à condition de les payer un peu plus cher. Sautant d’un avion à l’autre, il voyage bientôt dans le monde entier, et surtout en Europe, et joue les représentants afin de vendre lui-même son bébé à toutes les marques de guitares possibles. Les commandes commencent à affluer de tous les pays, si bien que le petit atelier de Downing est submergé. P.A continue néanmoins de produire des guitares au compte-gouttes, surtout pour des amis (tels que Paul Buskirk ) et se fait plaisir en collaborant avec un autre génie, Ray Butts (inventeur du Filter’Tron de Gretsch), pour concevoir un micro humbucker.

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This is the end

P.A accepte de concevoir des prototypes de guitares pour d’autres compagnies, comme par exemple Magnatone, qui décide de lancer sa propre ligne d’instruments. C’est lui qui a dessiné la Mark III, et probablement aussi les Mark IV et Mark V. Il épaule également Semie Moseley, futur créateur des guitares Mosrite, en lui confiant la fabrication de manches et de pickguards. Là encore, la bonté de Bigsby ne sera pas récompensée. Moseley lui plante un couteau dans le dos en détournant une partie de sa clientèle, dont le guitariste Joe Maphis, qui deviendra l’artiste fer de lance de Mosrite. L’histoire veut que cette trahison se soit réglée « physiquement » entre les deux hommes.
Le rythme de production des vibratos est tel que P.A commence à fatiguer. Il envisage peu à peu de prendre sa retraite, mais ne voit personne pour prendre la relève. Sa fille Mary n’a pas l’étoffe pour diriger l’entreprise familiale, à son grand dam.
De son côté, Ted McCarty sent le vent tourner chez Gibson. Il se met en quête d’une nouvelle aventure professionnelle, et voit en Bigsby une excellente opportunité. Il discute avec P.A, alors âgé de 66 ans, et lui propose de racheter son business. L’accord est scellé en novembre 1965. Début 1966, McCarty délocalise la compagnie Bigsby dans le Michigan, à Kalamazoo. Le pauvre P.A ne profitera pas longtemps de son repos bien mérité ni de ses économies. Il décède le 7 juin 1968, à l’âge de 67 ans. Le grand homme a succombé à un cancer, certainement dû à son addiction au tabac et à une exposition prolongée aux produits chimiques. Depuis 1999, la marque Bigsby appartient à la Fred Gretsch Company.

Ludovic Egraz

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