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N°81

Scott Holiday (Rival Sons) – 10 albums qui ont changé sa vie
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Scott Holiday, animal guitaristique à sang chaud, fait définitivement partie des gâchettes à suivre, et à la rédac’ de Guitare Xtreme Magazine, le dernier opus des fils rivaux, Hollow Bones tourne toujours à plein régime. Alors nous avons saisi cette nouvelle opportunité de partager un moment privilégié avec cet adroit riffeur à la moustachette bien taillée. Cette fois, nous avons essayé d’en savoir un peu plus concernant ses influences et les albums de sa vie. Retrouvailles backstage !

 

© Anthony Dubois

Scott, pour cette nouvelle interview, on va te demander d’aller fouiller dans ton cerveau pour retrouver quels sont les dix albums qui ont changé ta vie…
Vous me mettez dans un drôle d’embarras, les gars. Il s’agit d’un exercice très difficile pour moi, parce que j’ai toujours été un consommateur insatiable de musique, mais je vais essayer de faire de mon mieux, c’est promis. Let’s go !

1 – Jimi Hendrix
Band of Gypsys (1970)
Guitare : Jimi Hendrix

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Commençons par ton premier choc, ton « big bang » musical à toi…
Alors on va parler du live de Jimi Hendrix au Fillmore East, le fameux Band of Gypsys. J’étais vraiment tout môme quand je suis tombé sur cet album, et j’ai eu comme une révélation divine en l’écoutant. Le son de guitare est monumental, et l’attitude de son jeu gicle des enceintes. C’est aussi plus soul et direct que ses disques précédents et avec le recul, c’est sûrement pour cette raison que ça m’a parlé tout de suite. Je jouais déjà de la gratte depuis quatre ans, mais du jour en lendemain, mon approche de l’instrument est devenue plus sauvage et agressive. Ce disque a tout changé pour moi.

2 – The Rolling Stones
Sticky Fingers (1971)
Guitares : Keith Richards et Mick Taylor

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Pas mal, bon début ! Étant donné ton style, j’aurais plutôt misé sur Zeppelin…
Non, eux, on en parlera plus tard. Avant il y a eu les Stones avec Sticky Fingers. Big time! Cette période des Stones est celle qui me branche le plus, parce qu’ils sortaient de leur délire précédent pour devenir un putain de groupe de blues rock’n’roll bien graisseux. Il y a une trilogie exceptionnelle avec Let It Bleed, Sticky Fingers et Exile on Main Street, mais je préfère celui-ci. Les compos sont hallucinantes et les sons de guitare imparables. Je pourrais écouter « Can’t You Hear me Knocking » en boucle sans jamais me faire chier. Et puis il y a Mick Taylor, man ! J’ai énormément de respect pour le boulot de Brian sur les vieux Stones, mais ils ont cueilli Taylor juste après John Mayall, au moment où il était bien mûr. Sur « Sway », il a pondu ce solo fabuleux qui me donne la chair de poule. Ceci dit, je préfère presque celui de Ry Cooder sur « Sister Morphine », qui est un petit bijou. Un grand disque que j’adore écouter quand je roule dans le désert californien quand je rentre à la maison.

3 – The Beatles
The Beatles (« The White Album », 1968)
Guitares : John Lennon et George Harrison

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Ce sont les Stones qui t’ont donné envie de composer tes propres chansons ?
Non, je dirais plutôt les Beatles avec le double blanc. Cet opus a été plus important que les autres Beatles dans mon évolution de musicien, cependant, je refuse de n’en citer qu’un seul.

Pourtant tu sais qu’il le faut…
OK ! Rubber Soul montre le groupe au firmament de sa créativité, Revolver est monumental et j’écouterai Magical Mystery Tour et Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band jusqu’à ma mort. Ces albums sont de véritables œuvres d’art. Mais je garde le double blanc, ne serait-ce que parce qu’il possède ce côté patchwork bien délirant. D’un titre à l’autre, on change complètement d’univers, avec des titres rock intenses, mais aussi de somptueuses chansons à l’acoustique.

4 – Led Zeppelin
Led Zeppelin IV (1971)
Guitares : Jimmy Page

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Bon, et Led Zep dans tout ça ?
On y vient ! Chez moi, Zeppelin, c’était carrément une religion. J’entendais leurs disques à la maison, mais aussi en dehors quand je me rendais à des fêtes. Leur musique coule dans mon sang, et je suis un fan inconditionnel de tous leurs albums, alors c’est un crève-cœur de devoir n’en retenir qu’un seul. J’aurais pu opter pour The Song Remains the Same, parce que j’ai reçu un vrai choc en regardant le film à la télévision, mais si je ne devais en écouter qu’un seul jusqu’à la fin de ma vie, je choisirais IV, pour les mêmes raisons que le White Album. Passer de « Rock And Roll » à « The Battle of Evermore », c’est quand même un grand délire, non? J’ai quasiment appris à jouer de la guitare en disséquant cet album, et mon goût prononcé pour les open tunings découle directement de là.

5 & 6 – Pink Floyd
Dark Side of the Moon (1973)
Wish You Were Here (1975)
Guitares : David Gilmour

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Y a-t-il un autre groupe qui ait pour toi autant d’importance que Zeppelin?
Pink Floyd, man ! Si Jimmy Page est mon héros pour le riffing, l’énergie et la folie expérimentale, David Gilmour est mon dieu du son et du toucher. Peu de gens sont capables de jouer avec autant de goût, d’intensité et de ressenti. Alors, quel album choisir? Ummagumma ? La B.O de La Vallée ? A Saucerful of Secrets ? Ce sont tous des chefs-d’œuvre, mais ceux qui m’ont vraiment bouleversé sont le Live at Pompeii, Dark Side of the Moon et Wish You Were Here. Aussi, je prends la liberté d’en sélectionner deux. On va dire que c’est mon joker non négociable (rires). Pour la performance de Gilmour à la guitare, je prends Wish You Were Here, et puis Dark Side parce qu’il s’agit selon moi de l’album le plus marquant de toute cette période musicale. C’est une perfection de la première seconde jusqu’à la dernière.

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7 – ZZ Top
Eliminator (1983)
Guitare : Billy Gibbons

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Passons maintenant aux années 80 et tes délires adolescents…
Ok ! Il y a tellement de groupes qui m’ont obsédé durant mon adolescence. Par exemple, il y a la période pop de ZZ Top. Beaucoup de gens détestent Eliminator, et pourtant, je trouve que c’est un putain d’album. Comme pas mal de gosses de ma génération, je scotchais devant MTV, et c’est comme ça que j’ai entendu « Sharped Dressed Man », « Gimme All Your Lovin’ » ou encore « Legs ». Avec le recul, c’est dingue qu’un groupe de blues comme ZZ Top ait réussi à s’emparer de la technologie avec autant de réussite et de talent. Il y a quelque chose d’hypnotique dans ce son, et j’adore ça !

8 – Van Halen
Van Halen (1978)
Guitare : Eddie Van Halen

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Quoi d’autre ?
Quand j’avais huit ans, j’étais proche d’une de mes tantes. Elle possédait pas mal d’albums de rock bien cools, alors je venais toujours chez elle avec des boîtes de cassettes vierges pour qu’elle me fasse des copies. C’est comme ça que je suis tombé sur le premier Van Halen. C’était carrément dingue d’entendre ça à l’époque, et encore aujourd’hui, même si mes goûts ont beaucoup changé, je trouve ce moment de musique totalement magique et hors du temps. Eddie reste un roi indétrônable dans ce registre pyrotechnique .

En tant que gamin américain, n’as-tu pas adhéré à la Kiss mania ?
Non, Kiss n’a jamais été ma came. J’avais des voisins qui étaient mordus, du genre adhérent à la Kiss Army et tout le délire (rires). et ils ont essayé de m’initier. Un jour, on écoutait l’album solo de Gene Simmons dans leur chambre, et pour être honnête, je trouvais ça assez chiant. Quand j’ai vu l’illustration de la pochette, sur laquelle on voit Gene cracher du sang, j’ai eu l’impression d’être dans un cauchemar de série Z (rires). J’apprécie quelques-unes de leurs chansons et je les respecte, mais pour moi, ce n’est pas du premier choix.

9 – Bob Dylan
The Freewheelin’ Bob Dylan (1963)
Guitare : Bob Dylan

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On a surtout parlé de groupes, mais as-tu aussi été influencé par des chanteurs songwriters?
Ouais, carrément! Quand je joue de la guitare acoustique, je pense toujours au style de Bob Dylan, qui est un instrumentiste très sous-estimé. Bon et puis bien sûr, il y a l’œuvre du bonhomme qui est colossale. Si on parle d’album, le premier qui me vient à l’esprit est The Freewheelin’ Bob Dylan. Que dire… c’est de l’or en bande, de la pure poésie, de la chanson comme on en fait plus, et puis encore une fois, les parties de guitare sont vraiment inspirées, et puis c’est en les disséquant que j’ai appris l’existence du capodastre. Merci Bob (rires). Highway 61 figure aussi parmi mes Dylan préférés.

10 – Soundgarden
Louder Than Love (1989)
Guitare : Chris Cornell et Kim Thahyil

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Le rock indie des 90’s, c’est un son qui te branchait aussi ?
Oh que oui! Cette musique fait partie de ma vie à jamais, et pas mal de ces groupes nous ont décomplexés. Je pense aux Pixies, à Pavement ou encore à Sonic Youth. J’adorais ça! Cependant, le groupe que je trouvais le plus impressionnant à la même époque était Soundgarden. Pas mal de gens sont restés bloqués sur Superunkown, parce que c’est leur album le mieux gaulé et qui contient le plus de hits, mais revenons plutôt à Louder Than Love. Là, on est dans une zone dangereuse, quelque part entre Sabbath et Zeppelin, c’est urgent, gras et un peu biscornu. Et puis j’aime bien citer un album un peu obscur de temps en temps. C’est mon côté snob (rires).

Voilà, le compte est bon. Pour finir, penses-tu qu’il soit toujours possible de pondre en 2017 de tels trésors, des albums qui laisseront leur empreinte sur l’histoire de la musique ?
Si je n’étais pas persuadé que c’est possible, je n’aurais probablement plus envie d’être musicien et de faire des albums. C’est tellement négatif de penser comme ça, alors qu’il y a partout tellement de gens talentueux qui ont des choses à dire. Ce qui est certain, c’est que le monde a changé depuis les 70’s, alors c’est compliqué de pouvoir dire quel impact auront les bons albums qui sortent aujourd’hui. Mais en considérant ce qui se passe en ce moment dans le monde, je suis optimiste. L’art est une chose essentielle qui relie les êtres humains, et dans les contextes difficiles, les artistes ont toujours eu un rôle prépondérant. Ce sont eux qui décryptent leur époque et qui font évoluer les mentalités. C’est même leur responsabilité.

Je sais que tu es fan de vinyle. Quel est le dernier que tu as acheté ?
Le coffret six vinyles que Jack White a sortir sur Third Man Records, The Rise and Fall of Paramount Records m’a récemment fait de l’œil, mais ce n’est quand même pas donné. Si les lecteurs de Guitare Xtreme qui aiment Rival Sons veulent me faire un cadeau, je les remercie d’avance (rires). Non le dernier achat en date, c’est We Got It From Here… Thank You 4 Your Service de A Tribe Called Quest. Non seulement le disque est grandiose, mais en plus, Jack White a posé des grattes sur six morceaux, et ça pour moi, c’est une sacrée valeur ajoutée (rires).

Ludovic Egraz

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