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N°86

Stephan Forte – 10 albums qui ont changé sa vie

Le virtuose français Stephan Forte réactive enfin son groupe Adagio avec Life, un album grandiose dessiné tel un voyage émotionnel dans les extrêmes, et qui célèbre l’héritage du speed metal symphonique tout en propulsant le groupe dans le décor de 2017, avec des incursions de djent et de musique progressive. Guitare Xtreme s’est entretenu avec le taulier et architecte d’Adagio pour en apprendre un peu plus sur les albums qui l’ont forgé en tant que musicien.

 

 

1 – Queensrÿche
Promised Land (1994)
Guitares : Chris DeGarmo & Michael Wilton

Il s’agit sans conteste de mon album préféré, celui dans lequel je me réfugie quand je ne vais pas bien, et que je me sens d’humeur sombre et solitaire. J’avais découvert cet album par l’intermédiaire d’un ami. Comme il n’accrochait pas du tout, il m’en a fait cadeau. Il m’a fallu un peu de temps pour l’apprécier, et un soir en l’écoutant, je me suis senti happé par la musique, et j’en suis ressorti bouleversé. Depuis, Promised Land est mon fidèle compagnon quand j’ai besoin de me retrouver seul avec moi-même.

2 – Wolfgang Amadeus Mozart
Requiem, K.626
Direction : Herbert Von Karajan (Deutsche Grammophon, 1976)

De mon point de vue, il s’agit de l’œuvre la plus belle et massive jamais écrite. Si je devais décrire en quelques mots ce requiem, je dirais qu’il représente la puissance du tragique dans sa profondeur et sa beauté la plus absolue. D’ailleurs, il y a une expérience que j’aime faire pour en démontrer toute l’ampleur : mettre la télé sans le son, puis passer l’Introït du Requiem. Soudain les images, même les plus absurdes, prennent une tournure tragique et dramatique.

3 – Megadeth
Rust In Peace (1990)
Guitares : Dave Mustaine & Marty Friedman

Les solos de cet album sont ceux qui ont le plus marqué et influencé mon jeu de guitare. Marty est un génie, et chacun de ses solos est un diamant de créativité. Le choix des notes est incroyable, et on sent que tout a été construit avec minutie et qu’aucune note n’est là par hasard. À cela vient s’ajouter la vie qu’il insuffle dans son jeu pour transcender la musique. Pour moi, c’est le Graal absolu en matière de guitare Metal.

4 -Yngwie J. Malmsteen
Rising Force (1984)
Guitare : Yngwie J. Malmsteen

 

J’avais 14 ans quand mon frère m’a offert ce vinyle. Dès les premières secondes de l’intro acoustique de Black Star, j’ai été transporté ailleurs. Étrangement, je n’ai pas tilté tout de suite sur la virtuosité, certainement parce que j’étais jeune et qu’il faut du temps pour prendre conscience de cet aspect là a la guitare. C’était plutôt les riffs qui me faisaient vibrer. Et puis en essayant de reprendre à l’oreille un passage qui m’interpellait, j’ai eu la révélation : « Putain, mais qu’il joue vite ! Mais comme c’est beau ». C’est à ce moment que j’ai compris ce que j’allais faire de ma vie.

5 – Steve Vai
Passion and Warfare (1990)
Guitare : Steve Vai

J’ai acheté cet album peu de temps après Rising force. Après avoir entendu tant de légendes concernant la virtuosité de Vai, je m’attendais a entendre un Malmsteen puissance 10. Sur le coup, ça a été un peu comme une douche froide. Ce n’était pas aussi impressionnant que les bourrasques de notes d’Yngwie. Comprendre et apprécier cet album à sa juste valeur m’a réclamé beaucoup de temps. En écoutant attentivement « Erotic Nightmare » et « For the Love of God », j’ai remarqué qu’il s’agissait d’une surimposition d’éléments musicaux, et que la musique fourmillait de détails. Passion & Warfare m’a énormément influencé dans ma façon d’écrire, de concevoir et d’arranger mes solos. Définitivement culte !

6 – Joe Satriani
Not Of This Earth (1986)
Guitare : Joe Satriani

 

Ce disque figurait sur la liste de mon quinzième Noël. J’ai immédiatement été englouti par l’ambiance magique qui se dégageait de la musique, avec cette atmosphère mystérieuse et futuriste, esquissée par des lignes de guitare super fluides. Chaque chanson apporte son univers propre, et même si l’album sonne comme une démo enregistrée dans les 80’s, il possède un charme fou. Le seul album de Satch dans lequel j’ai retrouvé ce feeling est Flying In A Blue Dream. Personnellement, j’ai toujours préféré ce premier album à Surfing With the Alien.

7 – Dream Theater
Images and Words (1992)
Guitare : John Petrucci

Étrangement, j’ai entendu Dream Theater pour la première fois à la radio. C’était « Metropolis part II ». Avant cela, j’avais lu un article sur la nouvelle génération de guitaristes metal dans un numéro de Guitare & Claviers qui ne tarissait pas d’éloges concernant Petrucci, sa virtuosité, et les arcanes complexes de sa musique. À l’époque, cela suffisait pour attiser ma curiosité (rires). J’ai flashé instantanément, et j’ai acheté l’album le lendemain. C’est metal, complexe, hyper bien joué, et Petrucci déchire tout… A part « Surrounded » que je passe à chaque fois, j’adore chaque morceau.

8 – Metallica
…And Justice For All (1988)
Guitares : James Hetfield & Kirk Hammett

 

Mon frère m’a offert cet album en 1988 dans son format initial en double vinyle. Je connaissais déjà Kill em all. La musique envoyait bien, mais je n’étais pas devenu fan. Ma position a changé quand j’ai entendu « Blackened », « Harvester of Sorrow » ou encore « Dyers Eve ». Les riffs sont justes énormes. Cet album m’a retourné, il reste selon moi leur meilleure production.

9 – John Williams
Return Of The Jedi (1983)
Orchestre : The Skywalker Symphony Orchestra

De toutes les B.O de Star Wars composées par John Williams, c’est celle-ci qui m’a le plus marqué. C’est en tentant d’en reproduire certains mouvements avec des samples que je me suis initié à l’art de l’orchestration, notamment « The Battle of Endor ». Cela a été une excellente école, parce que les instrumentations sont très riches et complexes. Les thèmes de Williams sont très grands, et si des films comme Jaws, Indiana Jones ou Star Wars sont devenus aussi cultes, c’est en grande partie grâce à sa musique.

10 – Arcadi Volodos
Piano Transcriptions (1997)
Piano : Arcadi Volodos

Je suis tombé sur la musique de Volodos un peu par hasard, alors qu’il venait tout juste de sortir cet album. J’ai été scotché par sa virtuosité. Son interprétation de « Flight of the Bumble Bee » (l’arrangement de György Cziffra) et sa revisite de la « Marche Turque » sont à tomber. Sur cette dernière, on a parfois l’impression d’entendre quatre pianistes, et il devient difficile de discerner ce que joue chaque main. Ce disque m’a beaucoup motivé au niveau du travail technique, et Volodos est pour moi la définition même du virtuose accompli. Chez lui, la technique poussée à son paroxysme et l’interprétation ne font qu’un.

Ludovic Egraz