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N°92

Interview – Pascal Pacaly  – Le rock au bout de la plume

Originaire de Saint-Étienne, le quadra Pascal Pacaly a vu le jour en 1977, en pleine explosion punk, un signe qui ne trompe pas ! Anti-conformiste et rebelle, ce personnage ne vit pas sa passion pour le rock au travers d’un instrument mais de sa plume habile. Pascal pourrait donc être défini comme un écrivain et poète rock. Après Rock Addictions, Sainté Rock, et La France est Rock, il nous livre une resucée de ce dernier ouvrage, intitulée La France est « vraiment » rock, et qui sort chez Les éditions du joyeux pendu. Une occasion pour Guitare Xtreme Magazine de le rencontrer et d’en savoir un peu plus sur lui, sa vie, son œuvre… Go !

Comment es-tu devenu « écrivain rock » ?
J’ai vécu une adolescence assez difficile. J’étais mal dans ma peau, et j’ai commencé à écrire de la poésie. Comme la musique, la littérature peut aussi servir de thérapie. Au départ, j’ai écrit des poèmes, et puis je me suis intéressé aux nouvelles, parce que je lisais beaucoup de littérature américaine, dont les livres de Tennessee Williams, J. D. Salinger ou Charles Bukowski. Ils écrivaient beaucoup de nouvelles. Parallèlement, à ce moment-là, je suis tombé dans la musique.

La scène alternative des années 80 et 90, donc…
Non, au départ, j’écoutais plutôt des groupes de brit pop, comme Oasis, Suede, Manic Street Preachers… Musique et littérature ont commencé à se confondre, et j’ai écrit une nouvelle à moitié autobiographique sur une bande d’adolescents qui décident de monter un groupe de rock pour s’éclater et séduire les filles, et l’histoire se déroulait dans mon ancien lycée. Ayant eu des échos positifs quant à ce travail, j’ai décidé d’aller sur le terrain et de rencontrer de vrais groupes pour qu’ils me racontent leurs histoires. J’ai commencé avec Subway, Kaolin et quelques autres. De fil en aiguille, mon réseau de connaissance s’est étendu, et j’ai pu accéder à de plus en plus d’artistes.

Tu n’as donc pas vécu l’explosion de la scène alternative française en direct live…
Non, déjà parce j’ai grandi dans une petite ville en périphérie de Saint-Étienne où il ne se passait pas grand-chose, et puis au moment de ladite explosion, je devais avoir une dizaine d’années. La Mano Negra, OTH, Parabellum et les Bérus, je les ai découverts un peu plus tard. Il y avait un bar à Saint-Étienne qui s’appelait Le Mistral, qui était le QG des amateurs de rock locaux. Cependant, j’ai des goûts très éclectiques, et j’écoute de tout, à part du hip-hop français actuel façon Booba.

Comment les éditeurs ont-ils réagi lorsque tu leur a proposé des livres sur le rock français ?
Au départ, les groupes indés et alternatifs n’intéressaient quasiment personne, et quand j’ai commencé à écrire mes bouquins, les éditeurs me suggéraient plutôt de travailler sur Johnny Hallyday, sur Stromae ou alors sur de grosses pointures internationales comme Bruce Springsteen. Cependant, je sentais qu’il y avait un manque à combler, parce que beaucoup de fans de rock ont évolué avec cette scène alternative quand ils étaient adolescents, et je ne me suis pas trompé. Mes livres ravivent cette passion chez les fans, et notamment La France est rock et La France est « vraiment » rock. Beaucoup de leurs souvenirs remontent à la surface grâce à mes livres.

C’est vrai que nous parlons d’une niche, et que bon nombre de groupes que tu as rencontré n’ont jamais vraiment réussi…
Je ne suis pas tout à fait d’accord. Tout dépend ce que l’on entend par « réussir ». Parle-t-on d’une réussite commerciale ou artistique ? Un groupe comme OTH n’a peut-être pas gagné des montagnes d’argent, mais ils ont inspiré énormément de gens qui, après les avoir vu jouer sur scène, ont eu envie de monter un groupe, par exemple Les Sheriff ou de créer un fanzine ou une asso pour organiser des concerts. Alors bien sûr, ils vendaient moins d’albums que Téléphone, mais ils nous ont laissé un héritage tangible. Par exemple, le livre que Les éditions du joyeux pendu ont sorti il y a quelques années sur les mémoires de Spi (Jean-Michel Poisson, chanteur d’OTH, NDLR), La révélation mystique du pendragon a été un vrai succès.

Selon toi, pourquoi ces groupes continuent d’avoir une certaine aura auprès des fans de rock français ?
Il y avait un véritable côté contestataire dans la musique de ces groupes. Ils incarnaient une forme de rébellion. Aujourd’hui, nous sommes englués dans un système hyper cloisonné, et ce genre de mouvement n’existe plus vraiment. Pareil pour le fonctionnement totalement DIY de ces groupes. C’était vraiment une autre époque, beaucoup plus libre et romantique.

Tu sors La France est « vraiment » rock. Voulais-tu surfer sur le succès de La France est rock, ou bien approfondir davantage le sujet ?
Un peu les deux. Le premier livre a très bien fonctionné. Sans parler de blé, j’ai pu constater que les gens étaient contents, donc, ça m’a rendu heureux également, et j’ai eu envie d’écrire la suite et de rencontrer davantage de groupes. Cette fois, on est plus dans la scène punk des années 80, avec des groupes comme Ludwig Von 88, Les rats, OTH, les Sheriff ou les Burning Heads. Pour moi, traîner avec ces artistes a été une vraie régalade et une grande bouffée d’oxygène. Je me suis replongé dans cette époque qui était tellement moins restrictive et morose que la nôtre. On se rend compte que, mine de rien, c’était un peu mieux avant sur le plan social. Donc, ces musiciens me racontent leurs souvenirs et me livrent leur savoir. Ça me nourrit intellectuellement, et mon boulot, c’est de retransmettre cette matière-là à mes lecteurs.

Tu les rencontres tous en face à face ?
À de rares exceptions près, oui. C’est important pour moi de les rencontrer pour de vrai lorsqu’ils jouent sur Saint-Étienne, notamment au Clapier ou au Fil, ou bien sur Lyon. Je m’arrange pour entrer en contact avec eux en amont, et nous organisons un rendez-vous.

J’imagine que tu as des projets dans tes marmites…
Oui, plusieurs projets. Déjà, je vais m’atteler à la suite de mon recueil de poésie Play Boy, qui sera à nouveau illustré par de nombreux peintres, photographes et illustrateurs, notamment des Américains, parce que je suis friand de leur travail. Nous allons organiser des expositions, lors desquels chaque poème sera encadré et présenté avec les illustrations originales.

Envisages-tu de sortir La France est « définitivement » rock ?
Ah ah ah ! Pourquoi pas ? De toute façon, je ferais une suite, parce qu’aussi bien les artistes que les lecteurs réagissent très positivement à ce sujet qui est inépuisable. Il y a toujours un engouement pour le rock français, et ça fait plaisir. J’aimerais aussi dédier un livre au metal français, parce que bien que partiellement mainstream, ce style reste ancré dans l’underground, surtout en France où des dizaines de groupes tournent à longueur d’année et résistent sans se faire vampiriser.

Pourquoi n’as-tu jamais essayé de franchir le pas en jouant dans un groupe ?
Parce que je suis trop nul et trop fainéant pour être musicien (rires). J’ai essayé vite fait, mais bon… Bien que fan de musique, je reste avant tout un fondu de littérature. J’écris tous les jours, et entre ce travail de fond et la promo de mes livres, je dois rester concentré et ne pas me disperser.

Merci Pascal !
Merci à toi, et j’attends de pied ferme les lecteurs de Guitare Xtreme passionnés de rock français lors de mes prochaines séances de dédicaces. Ce sera un plaisir de les rencontrer !

Ludovic Egraz

Les éditions du joyeux pendu : http://leseditionsdujoyeuxpendu.com/