Edito
Dans ce climat intellectuellement rance, tenter de faire bouger les lignes est presque devenu un sport de combat. Mettre à l’honneur des femmes sur nos couvertures nous a déjà valu une déferlante de commentaires aussi fielleux qu’inutiles, alors bien sûr, en faisant le choix de la solaire Fatoumata Diawara pour cette nouvelle une, nous savions que certains esprits chagrins n’hésiteraient pas à nous tomber sur le râble, dévoyant la liberté d’expression pour en faire un vulgaire permis de nuire. Mais qu’importe, si la musique possède une âme, elle n’a pas de sexe et encore moins de couleur ni de religion. La star malienne prend les commandes donc, écrasant sa wah wah dans une transe saturée et, pour nous (et nous l’espérons pour bon nombre d’entre vous), il s’agit d’un signal qui fait un bien fou, dans le sillage de la sortie internationale de sa SG Signature chez Epiphone il y a quelques mois, un évènement particulièrement important, puisqu’aucune femme de couleur n’avait jamais eu cet honneur au sein de la maison Gibson. Cette décision inspirée est un coup de maître marketing, et à raison, puisque la guitare est très réussie et fait un carton (lire notre test dans Guitare Xtreme #155), mais cela va beaucoup plus loin. Cet instrument incarne également une profonde reconnaissance artistique et culturelle, et envoie un message d’ouverture à tous les amoureux de la marque en sacrant une artiste contemporaine portant au travers de la guitare électrique l’héritage de force, d’indépendance et de spiritualité de la marraine du rock’n’roll, Sister Rosetta Tharpe, qui domptait déjà une SG dans les années 40. Une façon juste royale de boucler la boucle. Autre étoile du monde de la guitare, Matteo Mancuso peaufine sa mixture à base de jazz fusion, de rock et d’effluves méditerranéennes et continue de nous éclabousser de son incroyable talent. Son nouvel album Route 96 confirme son statut de game changer. Enfin, nous nous sommes offert une plongée dans les abysses asymétriques et ludiques du math rock. Si cette vision cérébrale du punk est née au début des années 90, elle trouve aujourd’hui un écho viral avec le phénomène Angine de Poitrine, duo microtonal québécois qui fait groover des rythmes et des intervalles venus d’ailleurs. En prime, nous vous avons concocté une analyse complète du rig de Khn de Poitrine. Détendez-vous, branchez le jack (ou servez-vous en un), et bonne lecture !
Numéro 156
7,90€
Description
EN COUV’
18 / FATOUMATA DIAWARA
Une voix pour ceux que l’on entend pas




