Depuis les années 1970, Judas Priest règne en maître absolu sur la planète du heavy metal. Témoins d’une longévité extraordinaire et d’une influence incommensurable sur des générations de musiciens, les seigneurs britanniques continuent d’écrire leur propre légende sur la route. À l’aube de leur retour triomphal en France, avec des concerts programmés les 12, 14, 15 et 17 septembre 2026 (à Strasbourg, Lyon, Bordeaux et Paris avec les killers de Nevermore en première partie), nous avons rencontré le virtuose Richie Faulkner, véritable bête de scène et chevalier infatigable du metal. Le guitariste de 46 ans incarne aussi la résilience absolue. Ayant miraculeusement survécu à un anévrisme aortique fulgurant survenu en plein concert en 2021, il ne lâche rien pour surmonter les épreuves et remonter la pente. Entretien exclusif avec un inlassable guerrier des planches.

Salut Richie ! J’espère que tu n’es pas acculé par la chaleur !
C’est vrai qu’il y a une grosse canicule en Europe depuis des semaines. Je suis actuellement dans mon hôtel à Bratislava, en Slovaquie. Je suis sorti dehors tout à l’heure, et il fait une chaleur étouffante, mais c’est le temps idéal pour un show heavy metal ce soir ! J’ai entendu parler de tous ces incendies à Bordeaux, en Espagne et même au Royaume-Uni. C’est assez fou.
Est-ce que c’est parfois difficile d’assurer un show quand il fait aussi chaud ?
Oui, c’est franchement éprouvant, mais tu sais quoi ? C’est comme quand tu tombes malade : tu dois assurer le show. S’il fait chaud, tu joues. S’il pleut, tu joues. Il n’y a vraiment que de rares exceptions qui peuvent nous empêcher de jouer, comme la foudre. S’il y a un risque d’orage avec des éclairs à proximité d’une scène en plein air, tu ne peux pas monter sur scène ; tu dois attendre que ça passe et, dans le pire des cas, c’est annulé. Mais à part ça, il faut foncer et faire avec la situation du moment. Ça va être un véritable sauna sur scène ce soir, mais je sais qu’on va bien s’amuser.
« Tu peux être fatigué, avoir eu de la pluie, de la canicule, être malade… mais dès que la foule se met à rugir et que le rideau tombe, tu oublies instantanément tous ces trucs merdiques. »

Qu’est-ce qui rend l’énergie live de Judas Priest si unique après toutes ces décennies passées sur la route ?
Tu sais quoi ? Pour moi qui suis à la fois membre du groupe et fan, ce qui rend ça spécial, c’est le dévouement absolu de Glenn, Rob et Ian envers la musique qu’ils aiment. Je l’ai vu de mes propres yeux. Je ne pense pas que l’on puisse faire quoi que ce soit durant cinquante ans sans être profondément passionné, sans y vouer un amour véritable. C’est aussi valable pour les Rolling Stones ou n’importe quel groupe qui dure depuis aussi longtemps et qui continue d’assurer. S’ils continuent de le faire, c’est uniquement parce qu’ils aiment ça. Et puis, il y a cette volonté permanente de se surpasser. Depuis que j’ai rejoint le groupe, j’ai remarqué qu’il y avait toujours ce moteur, cette pulsion créative et interne, cette envie de rendre la performance encore meilleure. Comment rendre l’album qu’on est en train de faire encore plus puissant que les précédents ? Comment apporter de la fraîcheur et de la nouveauté à notre show ? C’est une combinaison entre l’amour viscéral du groupe pour le heavy metal et la fidélité des fans qui les portent depuis un demi-siècle. C’est une relation de dévouement mutuel, et c’est exactement ce qui rend tout ce bordel aussi magique. Rares sont les groupes qui peuvent revendiquer un tel statut à l’heure actuelle.
C’est vrai que Judas Priest est sur les routes depuis la fin des années 60…
Oui, le groupe s’est formé en 1969, ça fait plus de cinquante ans, et Rocka Rolla est sorti en 1974, comme on le sait. Nous sommes d’ailleurs en train de bosser sur un nouveau disque cette année, et ça ne s’arrête jamais ! J’ai rejoint le groupe pour la prétendue tournée d’adieu, et je suis encore là quinze ans plus tard. À mon sens, c’est plutôt une excellente nouvelle (rires) !
Qu’est-ce que tu ressens quand la foule commence à hurler avant même que tu ne mettes un pied sur scène ?
C’est un sentiment tout simplement incroyable qui nous met un coup de boost monstre. Comme on le disait, tu peux être fatigué, avoir essuyé la pluie ou la canicule, être malade ou avoir des ampoules aux pieds… mais dès que la foule se met à rugir et que le rideau tombe, tu oublies instantanément tous ces trucs merdiques. Ça te galvanise, et dès que le premier morceau démarre, tous les soucis de la journée s’effacent instantanément. C’est d’ailleurs la même chose pour le public, et c’est toute la beauté de la musique live : tu laisses tes problèmes à la porte, tu entres dans la salle et tu en profites pour oublier tes galères pendant une heure et demie ou deux heures. C’est une vraie thérapie.

Concernant la guitare, tu connais ton set et tes parties par cœur… Une fois que le rideau tombe, intellectualises-tu toujours certaines choses ou bien s’agit-il purement de mémoire musculaire ?
C’est vraiment de la mémoire musculaire. Je n’ai jamais vraiment réfléchi en termes d’accords, de gammes ou de théorie. Pour moi, tout a toujours été une question de patterns que je visualise sur le manche. Je n’ai jamais appris la musique de manière académique. J’écoute, puis je retranscris ce que j’entends en suivant des positions sur la guitare. Et ça bouge constamment ! Parfois, je fais un pain et ce que je pensais être une fausse note devient une opportunité qui m’ouvre d’autres perspectives. Évidemment, tous nos morceaux suivent un fil conducteur et ont des structures, mais tu peux parfois t’en écarter selon le feeling du moment, ton humeur et beaucoup d’autres facteurs. De toute façon, tu ne sais jamais vraiment ce qui va se passer durant un show. Heureusement, la plupart du temps, nous retombons sur nos pieds, ce qui nous permet de nous amuser autour du cadre initial.
Qu’est-ce qui te traverse l’esprit pendant le show ?
Je pense à plein de choses, vraiment. J’essaie de profiter du concert, de l’interaction avec le public : qu’est-ce qu’ils font, comment réagissent-ils ? Et puis, autre point crucial : j’essaie de ne pas tomber de la scène (rires) ! Sans blague, parfois, tu t’approches du bord de la scène porté par l’énergie du show et de la musique, et tu évites au dernier moment de trébucher sur un retour. J’essaie de garder une conscience périphérique de la position des autres musiciens sur la scène, et aussi de toujours savoir où nous en sommes dans la set-list. Toutes ces choses se bousculent dans ma tête, mais la majeure partie du temps, je la consacre à l’échange avec le public et bien sûr à ma concentration sur l’instrument.
Y a-t-il des solos que tu joues absolument note pour note chaque soir ?
Pour » Painkiller « , j’essaie de m’en approcher au maximum, même si je sais que ce n’est jamais strictement la même chose. À l’origine, Glenn jouait le début du solo avec une partie de tapping, et comme je n’utilise pas énormément cette technique, je fais un peu ma propre tambouille. Mais dans l’ensemble, le solo reste fidèle à l’esprit du disque avec le même phrasé. Sur « Victim of Changes », je garde quelques motifs mélodiques importants, mais pour le reste, je pars explorer d’autres territoires quand c’est approprié. Tous ces solos font partie de notre patrimoine depuis très longtemps et le public les attend forcément au tournant. Mais d’un autre côté, K.K. Downing était aussi un guitariste très porté sur l’improvisation et aimait varier les plaisirs. Je suis un peu du même tonneau, et j’espère faire les bons choix à chaque fois !
Est-ce que ton jeu de guitare est toujours au meilleur de sa forme quand tu es en tournée ?
Non, clairement pas, et encore moins aujourd’hui. Par le passé, oui, c’était le cas. Mais depuis mon grave pépin santé, tout est différent. Avant l’accident, j’avais vraiment le sentiment d’être au sommet de mon art, du moins de ce que je faisais, parce qu’il y a tellement de guitaristes phénoménaux aujourd’hui. Pour faire court, pendant ma convalescence, j’ai eu de grosses complications au niveau de mon bras droit avec des problèmes de coordination qui ont lourdement impacté mon jeu, et aujourd’hui, je dois bosser beaucoup plus dur qu’avant. Je ne dirais pas que je suis au meilleur de ma forme, mais je m’y emploie chaque jour en faisant de la kiné, que ce soit en tournée ou chez moi. Mais j’ai de la chance : je peux encore jouer, je peux toujours faire ce que j’aime le plus au monde. Je ne suis plus aussi fort qu’avant, mais je ne cesse de progresser et de retrouver mes moyens, ce qui est assez naturel de toute façon. Même avant l’accident, je cherchais à progresser en permanence. C’est juste différent aujourd’hui.

Yngwie Malmsteen a eu une expérience similaire après son accident de voiture : des lésions nerveuses avaient salement affecté sa main droite, mais à force de travail acharné, il a fini par rejouer aussi bien qu’avant.
Bon exemple, effectivement. C’est le genre de chose qui réclame du temps, et c’est frustrant. Ça prend des années, parfois des décennies pour atteindre un certain niveau, alors quand une tuile te tombe dessus, il faut savoir être sage et patienter. Tu dois réapprendre certaines choses, voire carrément les faire différemment. Tout ne sonnera plus jamais exactement pareil. Il faut laisser le temps au temps. Comme je le disais, je suis capable de jouer au niveau requis par le groupe, et j’en suis extrêmement reconnaissant. En attendant, je découvre de nouvelles voies. Et qui sait ? Peut-être que ces petits changements forcés vont s’intégrer définitivement à ma signature guitaristique. On se sent parfois impuissant face à ces difficultés, mais il faut aborder les choses sous un angle positif pour aller de l’avant.
La set-list a-t-elle bougé pour cette nouvelle tournée qui passera par la France en septembre prochain ?
Pour l’instant, nous en sommes à cinq concerts et la set-list est restée rigoureusement identique. Nous avons bien quelques autres morceaux en réserve qui ont été répétés, mais ils n’ont pas encore été intégrés. On a trouvé un flux dynamique, et c’est un point primordial. On continue de tripoter un peu la set-list, donc d’ici septembre, nous pourrons éventuellement bouger deux ou trois choses, mais on ne peut rien garantir à 100 %. On l’a déjà fait par le passé, on aime bien ajuster les choses en cours de route, alors on verra bien !
» Je ne pense pas que l’on puisse faire quoi que ce soit durant cinquante ans sans être profondément passionné, sans y vouer un amour véritable. «
J’imagine que l’exercice est délicat : il y a les incontournables que le public exige d’entendre, et à côté de ça, les fans purs et durs qui réclament des raretés que vous ne jouez jamais.
C’est exactement ça. Il faut trouver le juste équilibre. Tu as le fan de longue date qui veut des morceaux rares, des « deep cuts ». Mais d’un autre côté, si un jeune débarque à son tout premier concert de Priest et qu’on ne joue pas « Breaking the Law », « You’ve Got Another Thing Comin' » ou « Painkiller »… tu vois ce que je veux dire ? Tu te dois de satisfaire tout le monde, et c’est un véritable casse-tête sur un show d’une heure trente à une heure quarante. Il faut cocher toutes les cases. Mais on dirait qu’on a trouvé notre rythme de croisière avec cette nouvelle set-list, même si des surprises restent toujours possibles.
Et toi, en tant que fan de Priest, y a-t-il un morceau que tu adorerais jouer et que le groupe ne joue jamais ?
Oui, j’aimerais beaucoup jouer « Reckless », issu de l’album Turbo. On l’avait répété à l’époque de la tournée Redeemer of Souls, et j’étais trop content, mais pour une raison ou pour une autre, je ne me rappelle plus exactement pourquoi, il n’avait pas été retenu. C’est un morceau que j’ai toujours adoré. Ceci dit, on a déjà exploré un sacré paquet de titres ces dernières années. Je me souviens que sur la tournée Firepower aux États-Unis, on avait pas mal remué la setlist sur la dernière partie. On a joué des pépites comme « Night Comes Down », que j’adorerais refaire. En ce moment, on joue déjà des trucs fantastiques comme « The Sentinel » ou « The Ripper », des morceaux de Sad Wings of Destiny. « Victim of Changes » est également un régal absolu avec ses variations d’intensité et son superbe solo au milieu. Pour un guitariste, c’est un entraînement intensif du début à la fin, donc je suis amplement satisfait !
À quoi ressemble une journée type pour toi quand tu es en tournée avec Judas Priest ?
Parlons d’aujourd’hui. Je me suis levé il y a environ une heure, j’enchaîne cette interview avec toi pour boucler les » formalités » (rires). Ensuite, je ferai mes séances de kiné l’après-midi pour rééduquer mon bras droit. Après, nous nous rapprocherons du site du festival pour prendre un petit déjeuner ou un déjeuner selon l’heure. Nous dînerons vers 17 h… C’est une journée plutôt détendue, vraiment. On vérifie le matos s’il y a besoin de contrôler les amplis, les effets ou les guitares pour s’assurer que tout tourne rond. C’est l’équipe technique qui s’occupe des balances, donc on n’a pas besoin de faire de soundcheck, sauf si on doit réparer un truc ou tester une nouveauté. Deux heures avant de monter sur scène, on se met dans le bon « mindset », puis on enfile le cuir et les clous et on fait le job ! C’est aussi simple que ça. On essaie aussi parfois de profiter du moment pour visiter la ville où l’on se trouve. Aujourd’hui, nous avons fait une virée dans Bratislava, et on va essayer d’aller se balader cet après-midi pour voir un peu la ville avant de regagner la salle. Voilà à quoi ressemble notre quotidien.

Fais-tu encore plus attention à ce que tu manges et bois depuis ton accident ? As-tu une discipline militaire sur la route ?
Oui, et puis je dois faire gaffe de toute façon. Ma tenue de scène n’est pas extensible, alors même si la nourriture est fabuleuse ici en Europe, je dois faire preuve d’un minimum de discipline, parce que sinon, je pourrais faire craquer les coutures et me retrouver bien dans la merde (rires).
Tu pourrais ruser en adoptant des tenues extensibles genre spandex…
Ouais, c’est pas con (rires). Je pourrais tenter de remettre ça à la mode. Non, mieux vaut faire preuve d’un peu de discipline et apprendre à se faire plaisir dans la modération. En ce qui me concerne, je n’ai pas de restriction majeure sur la nourriture, mais je dois surveiller ma consommation d’alcool, comme tout le monde en fin de compte. Mais globalement, ça va, j’ai de la chance.
Quelle est l’importance de votre crew sur une énorme tournée comme celle-ci ?
Ce sont des gens absolument indispensables, essentiels à 100 %. Ils débarquent sur le lieu du concert aux aurores, vers 7 h du matin, pour monter les lumières et assembler la scène. Ils bossent toute la journée et sont les derniers à repartir. Nous, on a le beau rôle : on arrive quelques heures avant le show, on mange, on joue, et on se barre. Eux restent pour tout démonter. On leur doit tout. Ce sont des catcheurs de l’ombre, ils nous nourrissent, veillent sur le bon déroulement technique et font en sorte que le son soit génial et que le show claque visuellement. Sans eux, Judas Priest ne serait pas aussi flamboyant. On leur doit une fière chandelle, ils sont le cœur battant de la machine.
J’imagine que lorsque tu tournes avec ton autre groupe, Elegant Weapons, l’organisation n’est pas tout à fait la même…
Pas tout à fait, non (rires) ! Si tu veux, avec Elegant Weapons, nous n’avons pas encore le jet privé, mais on y travaille (rires) ! C’est le lot de tout groupe : Priest a commencé tout en bas de l’échelle avant de gravir les échelons, et Elegant Weapons est en train de faire exactement la même chose. Chaque groupe doit passer par là et c’est quelque chose qui t’inculque le sens du dévouement. Tu dois construire ton truc à la sueur de ton front depuis la base. Avec un peu de chance en chemin, tu arrives à progresser, mais tout part de zéro.

Quand tu arrives à la salle, est-ce que tu prends le temps de discuter de ton set-up et du placement des guitares avec ton technicien ?
Oui, carrément. Il s’appelle Adi Vines et je bosse avec lui depuis que j’ai rejoint Priest, ça fait donc plus de quinze ans. En général, je lui demande : « Tout roule, Adi ? » et il me répond simplement : « Ouais mec, tout baigne », point barre. Sauf s’il y a un souci, auquel cas il me prévient en amont pour que je passe voir ça. On parle aussi chiffons, comme en ce moment où on fait fabriquer de nouvelles sangles, ou bien si on doit commander des cordes, des médiators ou de nouveaux haut-parleurs pour mes enceintes. Mais la plupart du temps, c’est du pain béni : mes amplis Wizard sont d’une fiabilité absolue, je touche du bois. Adi gère tout ce rig d’une main de maître, je peux lui faire une confiance aveugle.
Est-ce qu’il t’arrive de modifier les réglages de tes guitares en cours de route, par exemple pour avoir l’action des cordes plus haute ou plus basse ?
Parfois, oui. Cela dépend de la set-list ou des morceaux. J’ai commencé cette tournée avec une Explorer, un modèle hardtail. Le manche de cette guitare est vraiment massif avec un profil assez épais. Et comme on ouvre le bal avec « You’ve Got Another Thing Comin' », attaquer direct le solo avec un gros manche… c’était un peu rude. Je me suis dit : « Autant commencer le set avec un manche plus fin », du coup j’ai changé de guitare pour ce morceau. Il y a toujours des ajustements à faire. Tu peux répéter en studio et en résidence autant que tu veux, tu ne sais jamais vraiment comment le matos va réagir en live, quand l’adrénaline monte et que tu bouges partout. C’est là que tu te rends compte des ajustements nécessaires. Une fois la première partie de tournée passée, les choix se figent et ça ne bouge plus.
« Les fans français ont toujours été fantastiques avec nous. »
D’ailleurs, quel tirant de cordes utilises-tu ?
Je joue sur du .011-.050, ou du .011-.048 si on ne trouve pas de .050. C’est du costaud ! Et pour certaines guitares, je préfère un jeu hybride : les trois cordes aiguës viennent d’un tirant de .011 et les trois graves d’un tirant de .010, notamment pour des morceaux comme « Painkiller ». Si les doigts commencent à fatiguer, les cordes fines soulagent un peu. Mais sinon, c’est du .011-.048 partout, sauf sur cette guitare hybride qui est diablement confortable : tu gardes de l’épaisseur dans le grave pour la rythmique et plus de fluidité dans les aigus pour les leads.
Quel est l’accordage principal de Priest aujourd’hui ?
On est en Mi bémol, soit un demi-ton en dessous. C’est le cas pour toutes nos guitares et basses.
Tu parlais des amplis : tu restes donc fidèle aux lampes traditionnelles ?
Oh oui, oui, oui ! J’utilise deux têtes Wizard de 150 watts. L’une est dédiée au son rythmique, l’autre aux solos et aux sons clairs. Je bascule de l’une à l’autre grâce à un switcher, sans oublier les têtes de rechange qui sont dans le rack, évidemment. C’est un rig assez simple : un canal pour la rythmique, un autre pour le lead / clean, et un contrôleur au pied qui pilote tout ça de concert avec en plus quelques pédales d’effet.
Pourquoi deux têtes ?
Bonne question ! Comme les deux canaux partagent la même égalisation, j’ai besoin de deux amplis, parce que mes sons lead et rythmique n’ont pas le même voicing. J’ai aussi plus de gain sur ma tête lead. Sur les deux, le son de base est un gros crunch. Je vais chercher le reste de la saturation avec une pédale Tumnus de chez Wampler qui est hyper précise. C’est la base de mon son depuis 25 ans. J’ajoute un delay Boss DD-6, un autre delay Ogre Kronomaster, une Rotovibe Dunlop JD-4S, une Cry Baby Dunlop Jerry Cantrell et quelques pédales MXR (Micro Chorus M148, Phase 90). Je crois que j’utilisais déjà une config similaire quand je tournais dans les clubs à mes débuts.
As-tu quand même testé le matos numérique moderne ?
Oui, je m’en sers en studio pour plus de commodité. Ça m’évite de devoir positionner des micros devant des gamelles. Quand j’enregistre chez moi, j’utilise un Quad Cortex pour que le son soit agréable dans la pièce et m’inspire pour jouer. Mais j’enregistre simultanément une piste DI (direct input) brute. Comme ça, j’envoie les deux pistes à Andy Sneap, notre producteur, qui peut reamper le signal en passant par des amplis de son choix et expérimenter les placements des micros à sa guise. Non seulement c’est sa spécialité, mais en plus, ça rationalise mon processus de travail à la maison.
Mais en concert, il serait impensable pour toi d’abandonner les têtes d’amplis pour passer au Quad Cortex ?
Ce ne serait pas impossible, non. Mais notre philosophie, à Adi et à moi, c’est que tant que nous avons le budget et les possibilités logistiques pour pouvoir le faire, pourquoi se priver de nos amplis à lampes et de nos caissons ? Et de la place, on en a à revendre dans les semi-remorques. En plus, les têtes d’ampli ne prennent pas tant de place que ça comparé au reste de la production. Nous pouvons nous le permettre. Bien sûr, pour des projets de moindre envergure, je peux tout à fait comprendre que des groupes optent pour ces solutions numériques pour des raisons purement économiques, de poids et d’encombrement. C’est beaucoup moins cher que de trimballer trois têtes à lampes.
Tu parlais du prochain album de Priest. Où en est le chantier ?
On a passé du temps en studio en février dernier juste à côté de Nashville pour poser les basic tracks. On s’est ensuite retrouvés à Phoenix en avril avec Rob (Halford) pour enregistrer les voix. C’est toujours en mode « work in progress », mais on espère bien pouvoir le sortir dans le courant de l’année prochaine. On va tout faire pour boucler le planning, mais on court après le temps : pour que l’album sorte au printemps, il faudrait que tout soit finalisé à une date précise, et comme on est déjà en août, le compte à rebours est lancé ! Mais si tout se goupille bien, l’album devrait voir le jour l’an prochain.
Tu as tes propres guitares signature chez Gibson et Epiphone. Y a-t-il de nouveaux projets dans les tuyaux ?
Pas vraiment, non. On a bien discuté par le passé de la possibilité de bosser sur une Les Paul signature. J’ai bricolé quelques modèles de mon côté avec eux, comme l’Explorer inspirée de ma « Blue V ». Je voulais une déclinaison de cette finition en format Explorer pour la scène, mais il s’agit d’un modèle unique qui n’est pas destiné à la production. J’aurais voulu une Les Paul assortie avec un double pickguard. On discute toujours de plein d’idées, mais tout dépend de ce qui fait sens pour eux d’un point de vue commercial. Une guitare peut être géniale sur le papier, mais difficile à vendre parce que trop « niche ». Gibson reste une entreprise qui doit vendre des guitares pour exister. Mais j’ai une relation extraordinaire avec eux depuis toujours, donc on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve !
Dernière question : as-tu un message personnel à faire passer à tes fans français qui t’attendent de pied ferme ?
Évidemment ! Les fans français ont toujours été fantastiques avec nous. On a une relation historique et privilégiée avec la France et son public, alors il nous tarde de les retrouver. Avant de parler avec toi, j’étais persuadé que nous n’avions que deux concerts en France, mais il y en a carrément quatre, ce qui est vraiment génial. On a hâte de débarquer chez vous. On sait qu’il va faire chaud, ça va être bruyant, intense, et tout ce que ça doit être. On est impatients de revoir tous les metalleux français très bientôt !
Merci infiniment pour ton temps, Richie. C’était un plaisir, hâte de te croiser en septembre !
Tout le plaisir est pour moi, mec. Restez bien au frais ! Bye bye !
Ludovic Egraz
Judas Priest sera en concert en France les 12, 14, 15 et 17 septembre 2026 (à Strasbourg, Lyon, Bordeaux et Paris)
Réservez vos places ici : https://www.gdp.fr/fr/artistes/judas-priest



