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N°154

Interview Angra : retour en Terre Sacrée

Le 23 septembre 2026, les Brésiliens d’Angra transformeront l’Olympia en capsule temporelle pour tous les fans de metal symphonique et de power metal, avec une soirée spéciale consacrée à Holy Land, l’album de tous les superlatifs qui a permis au groupe d’exploser en 1996. Ce concert unique sera aussi l’occasion de célébrer le souvenir du chanteur Andre Matos, décédé en 2019, et c’est le ténor Alirio Netto (Queen Extravaganza, Jesus Christ Super Star) qui aura la lourde tâche de tenir le micro. Kiko Loureiro fera également son retour avec le groupe en tant qu’invité spécial pour illuminer de ses solos vertigineux ce moment hors du temps. Guitare Xtreme Magazine a voulu prendre la température un peu plus de six mois avant l’évènement et a pu s’entretenir avec le guitariste et taulier de la machine Angra, Rafael Bittencourt.

Il y a 30 ans, Angra ouvrait de nouvelles frontières dans le metal progressif avec Holy Land, joyau qui érigeait un pont inédit entre le metal symphonique, la virtuosité et les racines culturelles brésiliennes des musiciens. Même en 2026, Holy Land reste une œuvre à part, audacieuse, spirituelle et profondément identitaire, mêlant percussions afro-brésiliennes, chants traditionnels, arrangements orchestraux et envolées de guitare aux harmonies savantes. C’est ce disque qui a été pour Angra le sésame vers une stature internationale, mais aussi l’affirmation d’une vision singulière du metal : celle d’un groupe capable de concilier puissance, émotion, ambition et sincérité. Holy Land est également indissociable du génial Andre Matos, non seulement l’une des plus belles voix de l’histoire du rock, mais également un artiste complet et habité, sans qui un tel album n’aurait jamais pu voir le jour. Rafael Bittencourt, membre fondateur et véritable âme créatrice du groupe, a accepté de replonger dans ses souvenirs et dans cette épopée à la fois humaine et musicale à l’occasion d’un concert commémoratif à l’Olympia de Paris qui s’annonce comme une célébration vivante qui revisitera Holy Land dans toute sa puissance narrative. Plus qu’un retour dans le passé, ce show sera comme une passerelle entre générations, reliant les fans de la première heure à un nouveau public curieux de comprendre comment la passion, le métissage culturel et la quête artistique d’un groupe peuvent continuer de résonner trois décennies plus tard.

Cette célébration du 30e anniversaire d’Holy Land est un grand évènement pour tous les fans d’Angra. Cet album est devenu culte et reste l’un des épisodes marquants du power metal. Que représente-t-il pour toi aujourd’hui ?
Eh bien… Évidemment, j’ai mes souvenirs personnels. Chaque fois que quelqu’un me parle d’un album, d’une chanson préférée ou autre, j’ai mon point de vue sur ce qu’il représente dans ma carrière. Holy Land compte énormément, parce que nous étions confiants à l’époque et prêts à expérimenter. Nous étions jeunes et très talentueux, hyper motivés pour faire de notre mieux, prêts à relever tous les défis. L’ambiance au sein du groupe était vraiment positive, et ce disque est devenu comme une pierre angulaire pour notre carrière. Avec Angel’s Cry, nous avions posé les bases : un groupe de metal symphonique venu du Brésil. C’était étonnant pour les gens, parce que l’image qu’ils avaient du Brésil à cette époque, c’était surtout la forêt amazonienne, le carnaval et le football (rires). Mais un groupe de metal mélodique et symphonique débarquant de São Paulo, c’était juste de la science-fiction. Avec Holy Land, nous avons pu mélanger nos influences, notre culture brésilienne, et c’est grâce à ce disque que nous sommes devenus un groupe si original. À partir de là, nous avons pu construire notre identité individuelle ainsi que celle du groupe.

Et sur un plan plus personnel ?
J’ai beaucoup de souvenirs. Oui, ce disque a été déterminant pour ma carrière, mais ma carrière n’est qu’une toute petite partie de ma vie. Ce que nous avons vécu ensemble en faisant cet album compte beaucoup pour ma vie en général. Nos relations, nos discussions, tout ce que nous avons traversé… Cela m’a changé à l’intérieur et je ne serais pas devenu l’homme que je suis aujourd’hui sans Holy Land, notamment grâce à l’acceptation du public, parce que les gens ont compris la sincérité de notre démarche. Souvent, quand on sort un peu trop des limites d’un genre, ce n’est pas bien perçu. Mais le fait que le public ait embrassé notre manière particulière de concevoir et de faire du metal nous a rendus plus confiants et plus à l’aise pour assumer notre identité, notre côté brésilien. C’était vraiment important pour nous, qui ne venions pas d’un pays où la culture metal existait.

« Holy Land m’a changé à l’intérieur et je ne serais pas devenu l’homme que je suis aujourd’hui sans cet album. »

 

 

 

Quand vous étiez en studio, aviez-vous conscience de travailler sur un album potentiellement important ?
Évidemment, on ne peut jamais prédire l’avenir, mais nous étions pleins d’espoir et nous avons bossé comme des fous pour que ça arrive. Nous savions que ce serait un grand album et qu’il avait le potentiel pour devenir un classique du metal ou du metal progressif, mais bien sûr, il était impossible de savoir si ce serait un succès, commercialement parlant. C’est toujours difficile de savoir si le marché, le public ou la presse accepteront un album. Tout ce que je peux te dire, c’est que selon nos critères, c’était impossible pour nous à ce moment-là de faire mieux et d’aller plus loin. Nous y avons mis tout ce que nous avions dans le cœur et dans les tripes.

Aviez-vous beaucoup discuté quant au concept de l’album avant d’écrire les morceaux ?
Oh oui, et même bien avant de le faire. Déjà, avant de faire Angel’s Cry, nous avions cette envie d’intégrer des éléments brésiliens dans notre musique, mais c’était trop risqué de le faire sur un premier album. Nous avons saisi une opportunité lorsque le label japonais JVC nous a signés. Ce sont les premiers à avoir cru en nous, alors nous ne voulions pas les décevoir. À l’époque, Helloween, puis Gamma Ray et d’autres groupes comme Blind Guardian étaient très populaires, donc nous avons fait sciemment un album plutôt « traditionnel ». Angel’s Cry a été un succès et on s’est dit : « OK, cette fois, c’est le bon moment pour montrer aux gens ce qu’on veut vraiment faire. » Donc, dès que Holy Land a été mis en chantier, nous avons œuvré pour combiner toutes nos influences. Il faut être conscient que nous avions tous étudié la musique brésilienne, parce que quand nous étions mômes, ça se passait comme ça, on commençait par apprendre les chansons brésiliennes. De toute façon, cette culture est si forte que c’était impossible pour nous de nous en détacher : nos parents, la rue, la radio… tout baignait dans ces références. J’ai toujours dit aux autres gars du groupe que notre richesse, notre « or », c’était la musique brésilienne. Bien sûr que nous écoutions en boucle Iron Maiden, Metallica, Queen ou encore Rush, mais c’est la culture brésilienne qui influençait nos vies.

Je suppose que les influences classiques émanaient plutôt d’Andre…
D’une certaine façon, oui, parce qu’Andre était pianiste. Mais j’ai composé beaucoup de passages classiques sur Holy Land. Andre et moi étions étudiants à la même université, nous avions les mêmes professeurs de musique, la même base. Il s’agissait d’un enseignement musical très orthodoxe et conservateur, vraiment « dans les règles ». Par exemple, sur « Nothing to Say« , je ne suis pas crédité, mais partie orchestrale après les solos de guitare, c’est moi qui l’ai écrite. Bien sûr, le public associe Andre à tout ce qui est classique, parce qu’il était un maestro et un excellent claviériste, mais en réalité, nous participions tous à la musique et aux arrangements. « Silence and Distance » est né à partir d’une idée de Ricardo. Le riff de guitare n’est venu qu’ensuite, mais il n’a pas été crédité, parce qu’à l’époque, on ne gérait pas ces histoires de crédits comme aujourd’hui. Je me souviens que le travail était très collégial. Chaque idée devait être validée par le groupe et chaque musicien donnait son avis. Mais comme nous étions très proches, les remarques étaient toujours constructives et bienveillantes, même si nous restions très critiques.

Avez-vous été surpris que l’Europe, et particulièrement la France, soit l’un des premiers endroits à avoir soutenu Angra ?
Oui, cela a été une surprise, mais avec le recul, je crois qu’il y a une affinité latine entre les Français et les Brésiliens. Il y a des pays dont la culture folklorique est plus proche des racines du metal et il y a les pays latins où le metal est très populaire également, mais avec une culture différente : des sonorités et une ambiance plus joyeuse, mais aussi mélancolique à sa manière, sans parler de la danse et de la fête. Je pense que la France a vraiment ressenti cette connexion avec la musique du Brésil. Il y a clairement une idylle amoureuse entre Angra et la France.

Votre lien avec Olivier Garnier a également joué un grand rôle. J’étais jeune journaliste à ce moment-là et il m’avait fait écouter votre première démo dans son bureau chez Vogue à l’époque. Il croyait en vous dur comme fer…
Tu sais, s’il nous venait un jour l’idée d’écrire la biographie d’Angra, Olivier Garnier en serait un chapitre à part entière. Il croyait en nous plus que quiconque et aimait profondément le groupe, d’abord musicalement, puis humainement, parce qu’au-delà de nos relations de travail, il est devenu un ami, voire un ami proche pour certains comme Andre et Kiko. Il a vu notre potentiel avant tout le monde et comme c’est un professionnel extrêmement compétent, l’un des meilleurs dans cette industrie (et pas seulement en France, mais dans le monde), son travail et sa dévotion nous ont aidés à accomplir de grandes choses.

Quand tu joues les morceaux d’Holy Land en 2026, les abordes-tu ou les ressens-tu différemment ?
Oui, c’est le cas, principalement parce que leur exécution me semble plus naturelle. À l’époque, on se poussait vraiment dans nos retranchements. Ces morceaux sont déjà très complexes et sophistiqués à bien des égards, et plus tard, Angra est devenu encore plus progressif avec des parties encore plus techniques, surtout au niveau du jeu de guitare. Quand je réécoute Holy Land aujourd’hui, je trouve qu’il y a une certaine élégance dans la musique, justement parce que la sophistication ne repose pas uniquement sur la virtuosité et la technique. Elle vient plutôt d’une manière intelligente de penser la musique, et… c’est beau (sourire). Le son de l’album est bien rond et la production primaire et essentielle de Charlie Bauerfeind et Sascha Paeth est vraiment réussie. Je suis si fier de cet album.

À quoi vont ressembler ces chansons sur scène avec la production moderne et l’énergie d’aujourd’hui ?
Ce sera forcément différent. Nos sons de guitare ont changé et puis la technologie a considérablement évolué. À l’époque, quand on est parti en tournée pour Holy Land, la solution la plus « tech » pour diffuser les parties orchestrales et les chœurs sur scène, c’était un huit piste à cassette Tascam (rires). Ensuite, nous avons acheté la première machine ADAT, mais ça restait quand même un peu archaïque par rapport à aujourd’hui où nous avons des ordinateurs plus simples à faire fonctionner, plus fiables et surtout bien supérieurs au niveau de la définition sonore. Je dirais donc que la technologie va modifier certains paramètres, mais que la passion, elle, est toujours la même. Holy Land a été très important pour beaucoup de personnes et ce lien émotionnel existe toujours. Évidemment, ce ne sera plus comme au moment de sa sortie lorsque le public découvrait quelque chose de nouveau, mais aujourd’hui, ce disque est devenu un classique et les réactions seront différentes avec des larmes et de la nostalgie. Les gens se souviendront de cette époque, des amis qu’ils avaient et de la personne dont ils étaient amoureux quand ils l’écoutaient, et tout va remonter à la surface. Pour eux comme pour nous, l’Olympia sera une grande fête nostalgique.

Votre nouveau chanteur, Alirio Netto, est-il prêt à relever le défi ?
Oh oui ! Il est parfait pour ce rôle. Alirio est un ami de longue date et pour tout te dire, j’ai même été l’un de ses témoins de mariage avec Marcelo et Felipe. Nous sommes très proches et cette connexion entre nous est essentielle. Il faut faire partie de notre famille. Il a participé à de nombreuses comédies musicales, notamment l’hommage officiel à Queen, Queen Extravaganza, et c’est Brian May en personne qui l’a choisi pour incarner Freddie Mercury. Donc oui, il a ce côté dramatique dans l’interprétation qu’Andre avait également, et comme lui, il joue du piano. Il coche vraiment toutes les cases et je pense que vous allez être agréablement surpris.

Je te pose cette question parce qu’évidemment, la personnalité très forte d’Andre est partout sur cet album et que la tâche de lui succéder n’est pas facile…
C’est vrai, tu as raison, mais tu vas voir, il va vraiment vous impressionner, non seulement par sa technique vocale phénoménale, mais aussi parce qu’il est totalement dans l’ADN d’Angra.

« Andre était à son apogée en tant que compositeur, musicien et artiste, et nous étions tous très inspirés par lui, parce qu’il était littéralement en feu. »

 

 

Avez-vous déjà commencé à répéter tous ensemble ?
Non, pour l’instant, chacun travaille individuellement. Alirio vit en Europe et notre batteur Bruno Valverde aux USA, donc à ce stade, nous discutons des éléments visuels, de la scénographie et de la set-list. Le moment venu, nous nous retrouverons pour jouer tous ensemble. Je ne veux rien spoiler pour l’instant, parce que des morceaux pourraient être ajoutés et retirés, mais le défi que nous nous sommes lancé, c’est de jouer Holy Land en intégralité. Cela ne va pas être simple.

Vous avez continué de jouer certains titres au fil des ans et d’autres non. Es-tu obligé de réapprendre certaines parties de guitare ?
Oui, parce que ce sont des morceaux très difficiles qui demandent beaucoup d’attention, alors il faut les retravailler. Je ne parle pas seulement de pratiquer tous les jours, mais de se concentrer sur des points précis de chaque chanson, de se souvenir des structures et de relier les différentes parties. C’est comme recoller les pièces d’un puzzle. Il faut en quelque sorte réinitialiser le système. Donc, Holy Land sera comme le cœur principal du concert, et bien sûr, il y aura d’autres morceaux de notre répertoire autour.

Tu parlais de l’aspect visuel. À quoi devons-nous nous attendre ?
Nous voulons que ce concert à Paris touche le cœur des gens. Le but, ce n’est de leur dire : « Hey, nous avons plus de cinquante piges et nous pouvons envoyer la sauce comme avant. » (Ému, ndlr) … Tu vois, Andre ne sera pas physiquement avec nous sur scène, mais ce sera à la fois un hommage à l’album et à lui. Comme tu le disais, il est partout dans Holy Land et, quand je me replonge dans la période où nous avons écrit et enregistré ces chansons, je me souviens qu’Andre était en pleine ascension. Il était à son apogée en tant que compositeur, musicien et artiste, et nous étions tous très inspirés par lui, parce qu’il était littéralement en feu. Travailler avec lui sur cet album m’a poussé à continuer d’apprendre, de pratiquer ma guitare encore plus assidûment et de m’améliorer. C’est quelque chose que nous voulons célébrer. Ce sera une soirée nostalgique alors nous ne voulons pas que le show soit trop ostentatoire. Ce sera plutôt léger et réconfortant, comme des retrouvailles entre vieux amis, tu vois ?

Après qu’Andre ait quitté le groupe, étiez-vous restés en bons termes ?
C’est vraiment dommage, mais nos relations avec lui n’étaient plus très bonnes. On ne s’est jamais disputés, mais nous avons cessé de nous voir. C’est un fait que je déplore, d’autant plus que nous commencions à nous rapprocher au moment où il est mort. Les choses s’étaient un peu réchauffées et nous commencions à évoquer la possibilité qu’il revienne dans le groupe pour des concerts spéciaux, afin de célébrer certains albums. Les discussions étaient bien avancées avec Paulo Baron, notre manager, mais malheureusement, tout cela a été tragiquement interrompu. Son départ m’a vraiment dévasté. Je sais que cette tragédie a touché beaucoup de gens en France, et ici, au Brésil, il y a un évènement spécial le 13 juillet : Angra, Viper et Shaman se sont réunis sur scène afin de célébrer l’héritage d’Andre, ce qui ne serait jamais arrivé sans sa disparition. La scène metal brésilienne a ressenti un tel vide… C’est comme si une météorite s’était écrasée laissant un immense cratère. Ça nous a rapprochés et je suis devenu très ami avec les gars de Viper et Shaman. Je me suis encore plus rapproché de Luis Mariutti (bassiste) et de Ricardo Confessori (batteur). Nous avons réalisé à quel point nous avons été stupides de ne pas savourer les choses simples de la vie, les rencontres, même quand elles comportent des tensions. Souvent, ces tensions venaient du fait qu’on tenait vraiment les uns aux autres, comme dans une famille. Nous nous sommes aussi rapprochés d’Edu Falaschi (chanteur) et d’Aquiles Priester (batteur), par maturité, par envie de vivre les choses plus légèrement, et tout ça, c’est grâce à Andre.

Il y a aussi le retour de Kiko pour ce concert. Sera-t-il le guitariste lead principal de la soirée ?
Kiko sera présent en tant qu’invité, mais il ne revient pas officiellement dans Angra. Il a toujours été proche de nous et même s’il n’est plus membre du groupe, il fait toujours partie du « board » : nous le consultons pour toutes les décisions importantes concernant les rééditions d’albums et souvent même de nouveaux projets ou même pour les affaires, parce qu’il est un ami proche et un très bon conseiller. Pour l’Olympia, Marcelo Barbosa sera le guitariste soliste principal, mais Kiko a la lumière d’un soleil et il nous éblouira en rejouant beaucoup de ses moments historiques, car il était à l’origine de nombreuses parties de guitare.

« Kiko, c’était le super virtuose, tandis que moi, j’étais le « Les Paul player » avec une vibe plus classic rock et 80’s. Ce mariage fonctionnait vraiment très bien, mais je pense que ce sera génial également d’avoir trois guitares sur scène. »

 

 

 

 

C’est excitant cette perspective de vous revoir jouer tous les deux. Vous étiez si complémentaires, un peu comme Dave Murray et Adrian Smith…
Nous avions une vision très « orchestrale » concernant nos parties de guitare et des personnalités assez différentes. Kiko, c’était le super virtuose, tandis que moi, j’étais le « Les Paul player » avec une vibe plus classic rock et 80’s. Ce mariage fonctionnait vraiment très bien, mais je pense que ce sera génial également d’avoir trois guitares sur scène.

Tu te souviens du matos que tu utilisais à l’époque d’Holy Land ?
Bien sûr ! (Il se lève et revient avec un Marshall JMP-1 ayant fait la guerre, ndlr) Ce petit bijou a voyagé avec moi partout sur la planète. Je le pilotais avec un pédalier MIDI Boss et j’utilisais un ampli de puissance Marshall stéréo 9200. C’était magnifique et très bruyant (rires). Le son était cool, bien qu’un peu difficile à contrôler, parfois trop chargé en médiums, et les sons cleans ne sont pas exempts de défauts, mais à l’époque, cela ne me dérangeait pas trop. Beaucoup de fans ont essayé de me l’acheter, mais j’y suis trop attaché sentimentalement. J’ai dû le faire réparer plusieurs fois, mais il n’a même pas été modifié. Ensuite, je suis passé sur un Kemper, que j’utilisais avec une Tube Screamer modifiée par Junior Rossetti, avec un contrôle supplémentaire pour les médiums et pas mal de composants internes qui ont été remplacés. Junior est un mec très connu ici, à São Paulo, et il modifie des pédales pour la plupart des musiciens professionnels brésiliens. Pour le show Holy Land, je vais passer sur un Quad Cortex Neural DSP. Je suis en train de l’apprivoiser et d’apprendre à le programmer. C’est une super machine, mais je pense qu’il sera trop petit pour moi sur scène alors j’utiliserai probablement un contrôleur MIDI. Marcelo, Kiko et moi serons tous les trois sur Quad Cortex ce qui est plus facile. Par exemple, tous les changements de presets peuvent être calés sur le click, ce genre de choses. Il n’y a pas le côté romantique de l’analogique et des bons vieux amplis, mais en termes de coût, de transport et de flexibilité, il n’y a vraiment pas photo, sans parler des repiques micro qui sont vraiment aléatoires d’un soir à l’autre. En studio, on peut prendre le temps de tout peaufiner et ça vaut le coup de garder des amplis pour le grain, les sensations et le confort. Pour la route, on va à l’essentiel.

« Olivier Garnier croyait en nous plus que quiconque et aimait profondément le groupe, d’abord musicalement, puis humainement. Il a vu notre potentiel avant tout le monde. »

Ce show commémoratif sera une célébration du passé, mais sera-t-il également un tremplin vers le futur d’Angra ?
Tout à fait, une ouverture vers le quatrième chapitre de l’histoire du groupe. C’est le moment où les trois chapitres précédents de retrouvent, parce que nous sommes une famille. Nous avons fait une réunion de famille avec Edu pour célébrer la période Rebirth, là nous faisons cette célébration autour d’Holy Land en faisant revenir Kiko, et nous avons aussi la possibilité de faire des concerts spéciaux avec Fabio. L’idée désormais, c’est de montrer qu’Angra est davantage qu’un seul groupe.

Pas de projet d’album dans les tuyaux ?
Non, pas encore. Tu sais, nous étions en pause parce que nous avions besoin de nous restructurer en interne, de reprendre contact avec d’anciens membres et de réorganiser tout le catalogue. C’était le plan. Après, il y a eu l’invitation du Bangers Open Air, un gros festival de metal brésilien, qui est même le plus grand festival metal d’Amérique du Sud. Ils nous ont proposé cette reformation spécifique, alors nous nous sommes réactivés, puis d’autres invitations comme l’Olympia sont arrivées. Cependant, nous sommes toujours dans l’idée de lever le pied, de nous tenir un peu plus éloignés des studios et de la pression de devoir pondre de nouvelles chansons et d’avoir des échéances d’albums. Notre préoccupation, pour l’instant, c’est ce concert et la célébration de Holy Land.

Quelles guitares auras-tu à Paris ?
Comme tu le sais sans doute, je suis chez ESP désormais. Je vais avoir deux Eclipse E-II et également quelques Gibson Les Paul. J’ai une Standard qui est vraiment cool et puis il y a celle que j’avais achetée en 1994 et qui a fait le tour de monde avec moi (il attrape une guitare à côté de lui, ndlr). Elle est totalement dans son jus, avec des pains partout. C’est avec cette guitare que j’ai enregistré toutes mes parties sur Holy Land. Le flight est totalement défoncé. Cette guitare, c’est mon bébé. Elle était à la retraite parce que je voulais la protéger, mais là, ce sera le bon moment pour la ressortir. Donc deux Eclipse et deux Les Paul, parce que nous jouons certains titres en Mi et d’autres en Ré.

Tu te souviens de votre concert à la Locomotive en mai 1995 ?
Et comment ! C’était notre premier concert à Paris, on avait fait des séances photo et tout ça. Quel grand souvenir ! Plus tard, quand le film Moulin Rouge est sorti au ciné, je disais à tous mes potes : « Hey ! On a joué juste en dessous à la Loco avec Angra. » (rires) J’ai aussi de la famille française et des cousins qui vivent à Paris. Ils étaient venus nous voir jouer. C’était une soirée merveilleuse.

Pour finir, as-tu un message à faire passer à vos fans français ?
Tout d’abord, je suis très heureux de revenir en France et très heureux de célébrer ce moment, qui a été l’un des temps forts de ma vie. Ce sera un florilège d’émotions et de souvenirs. Revenir chez vous, ce sera surtout la joie de vous retrouver, vous qui nous avez accueillis avec tant de chaleur et de tendresse. Il me tarde d’être avec vous. Merci aussi à la communauté de Guitare Xtreme Magazine de continuer de soutenir la guitare et de faire vivre cette culture, à une époque où les gamins se désintéressent des instruments et préfèrent les jeux vidéo. Merci pour ça !

Ludovic Egraz

Angra sera à Olympia de Paris le 23 semptembre 2026 pour un concert exceptionnel qui célébrera le 30 ème anniversaire de l’album Holy Land. Un « must-see » absolu !!!
Réservez vos places ici : https://www.aegpresents.fr/event/angra/