THE ARISTOCRATS – LA CIGALE – 01/06/2026
Tempête de canards et virtuosité absolue

Qui a dit que le rock instrumental était réservé à un club fermé de geeks de la six-cordes ? Ce lundi 1er juin, le power trio le plus fusion de la planète a transformé La Cigale en un immense terrain de jeu aussi technique que joyeusement déjanté. Entre polyrythmies d’extraterrestres, crises de rire et improvisations d’anthologie, Guthrie Govan, Bryan Beller et Marco Minnemann ont prouvé qu’ils étaient au sommet de leur art.
Pourtant, la soirée commençait avec une pointe de tristesse. Le petit génie du fingerstyle Mike Dawes, qui devait assurer la première partie, a dû annuler sa venue à la dernière minute pour cause de problème familial. Grosse pensée pour lui. Mais qu’à cela ne tienne, le public parisien s’est déplacé en masse. Pour un lundi soir, voir une Cigale presque pleine pour de la musique instrumentale aussi pointue, ça fait chaud au cœur. Et surprise : loin du cliché du concert de gratteux peuplé uniquement de barbus quinquagénaires, la fosse affichait une belle diversité avec des trentenaires, des quadras, pas mal de jeunes et, fait notable, une sacrée proportion de filles prêtes à en découdre avec les signatures rythmiques asymétriques.

La danse des canards
Ouverture des hostilités à 20 heures pétantes. Pas de chichis, le trio débarque sous une ovation monumentale. D’emblée, l’ambiance est électrique et, contre toute attente sur ce genre de set, ça danse dans les premiers rangs ! Le groupe a choisi de cueillir son monde en balançant direct les quatre premiers morceaux de son excellent dernier album concept, Duck. On attaque pied au plancher avec « Hey, Where’s My Drink Package? », suivi immédiatement par l’énorme « Aristoclub ». C’est sur cette compo de Bryan Beller, d’une efficacité et d’une écriture redoutables, que le public a commencé à totalement péter les plombs.


From Infinity to Absurdity
Avant d’enchaîner sur « Sgt. Rockhopper », le légendaire Guthrie Govan s’empare du micro (fait assez rare pour être souligné) pour nous présenter les petites marionnettes à l’effigie des personnages de leur album. Un vent de délicieuse absurdité souffle sur la salle, et franchement, un peu de légèreté dans ce monde de brutes, ça ne peut pas faire de mal. On enchaîne sur « Sittin’ With a Duck on a Bay » où Govan saupoudre le morceau de bruitages de canards hilarants gérés à la pédale wah-wah. Du fun, encore du fun !


Un trio au sommet de sa maturité
On sent que le groupe a franchi un cap. Le show est ultra-rôdé, d’une fluidité parfaite, mais garde cette fraîcheur propre aux grands improvisateurs. Visuellement, Govan affiche aujourd’hui une mine de vieux sage au cuir bien tanné. Mais ne vous y trompez pas, sur sa guitare, le bonhomme est dans une forme olympique. Débordant de créativité, d’une virtuosité insolente mais jamais stérile, il confirme son statut : il est l’un des meilleurs guitaristes vivants, si ce n’est tout simplement le meilleur à l’heure actuelle. Côté matos, la simplicité est de mise pour une efficacité maximale : son fidèle pédalier Fractal Audio branché dans des enceintes FRFR Laney. Le son est propre, chirurgical, énorme. Le storytelling reste la colonne vertébrale des concerts des Aristocrats. Chaque morceau a droit à sa petite histoire, principalement contée par un Bryan Beller ultra-extraverti et en communion totale avec la foule. Derrière les fûts, Marco Minnemann n’est pas en reste. Son solo de batterie cataclysmique au milieu de « Spanish Eddie » a bluffé tout le monde : hyper créatif, musical, polyrythmique et surtout… jamais chiant ! Sur le morceau suivant, Guthrie nous gratifie d’un pur moment rock’n’roll : un solo en legato total de la main gauche pendant que de la droite, il s’envoie tranquillement sa pinte de bière.

Polyrythmie pour tout le monde
Le highlight de la soirée arrive avec « This Is Not Scrotum ». À l’origine, le solo de violon de ce titre est enregistré par la virtuose moldave Rusanda Panfili (qu’on a pu voir au sein de l’orchestre de Hans Zimmer). Ce soir, pas de violoniste sur scène, mais un Govan toujours plus fou qui réorchestre le chorus en direct avec un preset d’archet bluffant sur son Axe-FX. Mais où s’arrêtera-t-il ? Pour clore le set principal sur « Get It Like That », le trio décide de tester l’aplomb rythmique des Parisiens. Les voilà qui séparent La Cigale en deux pour faire chanter le public en polyrythmie pure (du 5:2, rien que ça). Un grand moment de fun. Heureusement pour le groupe, la salle transpirait le musicien au mètre carré et le défi a été relevé haut la main ! Après un rappel dantesque sur « Desert Tornado », les lumières se rallument sur des visages hagards et conquis.
On the rooftop
Cerise sur le gâteau pour nous : la soirée s’est prolongée en petit comité sur le rooftop intimiste d’un petit hôtel voisin pour un aftershow mémorable. L’occasion idéale de trinquer avec les musiciens et de taper la discute. Mentions spéciales à Bryan Beller, particulièrement en verve et d’une accessibilité rare, qui est revenu sur cette date parisienne avec autant d’enthousiasme qu’il en met sur scène. Bref, The Aristocrats à Paris, c’était grand, c’était drôle, et c’était monstrueusement rock.
Par Saturax
Photo : ©VPhotographie
Setlist
1 – Hey, Where’s My Drink Package?
2 – Aristoclub
3 – Sgt. Rockhopper
4 – Sittin’ With a Duck on a Bay
5 – Spanish Eddie / Drum Solo
6 – The Ballad of Bonnie and Clyde
7 – Flatlands
8 – Here Come the Builders
9 – This Is Not Scrotum
10 – Get It Like That
Rappel :
11 – Desert Tornado



