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N°155

ELMER FOOD BEAT + PUSSY MIEL – La Cigale, 27/03/2026

ELMER FOOD BEAT + PUSSY MIEL – La Cigale, 27/03/2026

Party, Sex & Rock’n’roll : Elmer Food Beat met le feu à La Cigale

Pour toute une génération, Elmer Food Beat est avant tout une mine de souvenirs. Au collège, on chantait leurs morceaux dans la cour de récréation en rigolant naïvement ; c’était le renouveau de la chanson paillarde à la sauce punk rock. Les revoir apparaître aujourd’hui est presque salutaire par l’anachronisme culturel que cela crée. Dans une société aux propos soumis à une validation permanente, EFB est, une fois de plus, un gros doigt d’honneur tendu aux conventions morales et à l’autocensure.

Du miel dans les oreilles
Signe que les temps changent : dans les années 90, nous aurions eu droit à une scène 100 % testostéronée. Mais ce soir, c’est un groupe exclusivement féminin répondant au doux nom de Pussy Miel qui vient chauffer l’ambiance. La salle attend avec curiosité les premières notes de leur punk. Les quatre filles débarquent en mode détente et entament leur set dans la plus grande tradition punk des seventies. Au centre de la scène, la chanteuse s’active à la guitare derrière son micro, épaulée par une seconde guitariste aux chœurs. Car ici, tout le monde donne de la voix, même derrière la batterie. À la basse, celle qui semble être la cadette de la bande affiche l’attitude la plus radicale : fuck fingers et tirages de langue de rigueur, avant de finir le set par un slam dans la fosse, portée par quelques braves

Les reines des abeilles
Avec leurs touches « Stoner », ces abeilles originaires de Capbreton remplissent parfaitement leur rôle de chauffeuses de salle, laissant un public qui n’en demandait pas tant sur les rotules. Une excellente surprise !

Qui a dit « Beat » ?
Elmer Food Beat fête cette année les 30 ans de son album culte « 30 cm » et, pour marquer le coup, la place est à 30 €. Le groupe a sorti le grand jeu habituel : la déco multiplie les clins d’œil, comme le sigle Peugeot remplaçant celui de Marshall sur un ampli, ou l’épuisette lumineuse permettant à Manou de faire de l’air-guitar. On aperçoit aussi un T-shirt sur cintre à l’effigie de Twistos, malheureusement disparu mais toujours présent dans les esprits. Côté public, on joue le jeu : beaucoup arborent la célèbre casquette blanche de la pochette de l’album, et certains fans ont même poussé le détail jusqu’à créer des T-shirts customisés pour fêter non pas leur trentième, mais leur centième concert avec EFB !

Fosse à mandrins
Dans la fosse, c’est l’éclate dès le premier titre. Les gens reprennent les paroles en chœur et commencent déjà à s’agiter. Il faut dire que le show démarre fort avec « L’Infirmière ». La bande jouera l’intégralité de l’album, agrémenté de titres issus d’une discographie un peu moins connue du grand public. Au total, 27 morceaux sont enchaînés : aux 12 titres du premier disque s’ajoutent 8 extraits du second, « Je vais encore dormir seul », le reste se répartissant sur les autres albums du groupe. La salle est comble…

Manou le doux
Il faut saluer l’énergie dont Manou fait preuve : il n’a pas son pareil pour tenir une salle. Il diffuse sa bonne humeur dans l’assemblée, saute, crache de l’eau sur les premiers rangs… bref, il fait ce qu’il sait faire de mieux : le pitre. Malgré un ton volontiers graveleux, il fait preuve d’une étonnante prévenance rigolarde envers la gent féminine. D’ailleurs, il ne s’adresse qu’à elles lorsqu’il prend la parole entre les morceaux, commençant systématiquement par un : « Ça va les filles ? ». Il offrira même une danse sur « Est-ce que tu la sens ? » à une fan de la première heure qui fête ce soir son centième concert avec Elmer. Elle repartira avec un T-shirt que le groupe a fait floquer spécialement pour elle. Plus tard, Manou fera monter toutes les volontaires sur scène pour chanter avec lui ; il se fera porter à bout de bras pendant que les plus téméraires se saisiront du micro pour jouer les rockstars le temps de quelques secondes.

À poil !
À force de se le faire réclamer, il a fini par s’exécuter. Petit à petit, Manou s’effeuille. Ce qui ne semblait être au début qu’une façon de se mettre à l’aise tourne vite au strip-tease. Torse nu, bedaine apparente, puis en caleçon… il finit par retirer ce dernier pour achever le concert en slip à l’effigie de Superman. À l’aise dans son corps autant que dans sa tête, il aura l’élégance de s’arrêter là dans l’exhibition.

La blague, c’est du sérieux
Le risque, avec ce genre de délire, est que la musique soit la grande perdante de l’histoire. Quiconque a tenté de retrouver son audition après un concert de Didier Super peut en témoigner : parfois, ça saigne. Avec EFB, il en est tout autrement car la mise en place est irréprochable. La rigolade, d’accord, mais avec sérieux ! Pas de solos approximatifs ni de voix cassées : chacun donne le meilleur de lui-même. Pour l’occasion, Keulu est de retour dans la formation et tout le monde semble extrêmement heureux de ces retrouvailles. À tel point que le groupe paraît avoir toutes les peines du monde à quitter la scène.

Le recul… (parce que si tu avances…)
Peut-on encore rire de tout ? Aujourd’hui, on en doute, tant la morale veille, tapie dans l’ombre, prête à bondir sur la moindre plaisanterie grivoise ou le plus petit quolibet en hurlant à la misogynie. Pourtant, cela ne semble pas atteindre Elmer Food Beat, ni son public. Est-ce parce que le groupe est né à une époque où tout était permis ? Est-ce parce que derrière ces paroles, osées même pour l’époque, transparaît un vrai respect ? Et si, finalement, le public présent ce soir représentait la « vraie » réalité, loin du tumulte des réseaux sociaux ? Un monde où chacun est capable de prendre le recul nécessaire pour faire la part des choses entre un show et une idéologie… Le public de La Cigale, ni jeune ni vieux, et composé d’autant de femmes que d’hommes, ne s’y est pas trompé. On peut rire de tout car, en réalité, rien n’est grave. Sauf la mort.

Texte et photos par Vassago

SetList :
1 – L’Infirmière
2 – Yasmina
3 – Maître du monde
4 – Lucille
5 – Couroucoucou roploplo
6 – No future
7 – Est-ce que tu la sens ?
8 – Manou dis-nous tout
9 – Le plastique c’est fantastique
10 – Ridy Oh
11 – Dans ta bouche
12 – La complainte du laboureur
13 – Ca c’est rock
14 – Moi et Zarbie
15 – Les traversées sont solitaires
16 – Une semaine de réflexion
17 – La caissière de chez Leclerc
18 – Si tu veux m’arrêter
19 – Je n’en peux plus
20 – Brigitte
21 – Daniela
22 – Linda
23 – Caroline
24 – À l’intérieur
25 – La grosse Jocelyne
26 – Elmer’s theme
27 – Aglaé et Sidonie