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N°156

Jamzone – Attention : backing tracks organiques

Nos ordinateurs, smartphones et tablettes sont aujourd’hui totalement intégrés dans notre pratique musicale, que ce soit pour jouer en concert, pour travailler, apprendre ou enseigner. Les applications dédiées à la musique sont pléthore, mais il y en a une qui sort particulièrement du lot et qui pourrait bien transfigurer votre pratique. Jamzone est une application spécialisée dans les backing tracks de covers en multipiste de haute qualité, développée en France, et qui propose un répertoire de plus de 70 000 morceaux. La particularité unique de Jamzone, c’est que toutes les pistes de chaque titre ont été relevées note pour note sur les versions originales par des musiciens chevronnés et réenregistrées en studio sous la houlette de producteurs. Rien de synthétique ici et encore moins d’IA, tout est « 100 % bio » avec la garantie d’un son HD. S’ajoutent à cela une foule de fonctionnalités pour transposer et changer le tempo des morceaux, mais également peaufiner son propre mix, afficher les grilles d’accords et les paroles, créer ses propres set-lists en mémorisant ses paramètres perso en vue d’une répétition ou d’un gig, et beaucoup d’autres choses encore. On comprend pourquoi Jamzone est utilisée chaque jour par plus de 5000 musiciens dont une grande partie sont des professionnels travaillant dans l’animation (bars, caf’conc’). Jamzone est également un redoutable outil pédagogique pour apprendre du répertoire en s’amusant et en progressant avec une interface claire et diablement bien foutue. Guitare Xtreme Magazine a rencontré Thibaut Basely (responsable de la production audio) et Cyril Awessou (responsable de la communication) chez Jamzone.

©DR

Par Ludovic Egraz

COMMENT EST NÉ LE CONCEPT DE JAMZONE ?
Thibaut : Nous avons connu une époque où pour apprendre un titre, il fallait aller chercher dans les méthodes pédagogiques et les CD de playback, qui étaient rares et qu’on ne trouvait quasiment jamais. Même après l’explosion des contenus sur Internet, nous avons remarqué qu’il y avait vraiment un manque total de backing tracks de qualité pour les instrumentistes, surtout en multipiste. Notre idée était donc de proposer, via Jamzone, des morceaux en multipiste avec la meilleure qualité audio possible, que les musiciens puissent utiliser de manière souple en fonction de leurs besoins.

QUAND EST APPARUE LA PREMIÈRE ITÉRATION DE L’APPLICATION ?
Cyril : En 2016, avec une première version sur iPad uniquement. D’emblée, il n’y avait jamais eu d’application équivalente offrant une telle liberté aux musiciens pour s’accompagner, et sans avoir besoin de tout mémoriser, puisqu’il y a tout dans Jamzone, les accords, les paroles… Historiquement, avant Jamzone, nous avions déjà développé Karafun, un service de karaoké par abonnement avec une équipe de musiciens à Lille, qui produisait des backing tracks. Nous avons pensé que ce serait intéressant d’utiliser les multipistes de ces covers dans une nouvelle application dédiée aux musiciens qui veulent jammer. Au départ, les fonctionnalités étaient assez simples.

T : Oui, il y avait uniquement la transposition, le changement de tempo, les noms des accords, les paroles des chansons, et puis, bien sûr, le mixeur multipiste intégré qui est vraiment l’outil qui différencie Jamzone de beaucoup d’applications de backing tracks. Chacun peut muter ou écouter en solo les pistes qu’il souhaite et, il y a dix ans, c’était vraiment un step important.

COMMENT SONT RÉALISÉES VOS COVERS ?
T : Nous travaillons avec des studios et des musiciens du monde entier, aux USA, en Amérique du Sud, en Europe de l’Est ou en Italie, et des producteurs qui gèrent des équipes de musiciens de session. La plupart de ces collaborateurs viennent vers nous et postulent parce qu’ils connaissent l’application et notre réputation. Nous les testons et ensuite, nous décidons de travailler avec eux ou non. En tant qu’ingénieur du son et musicien, ma mission est de superviser la production des covers, à commencer par le choix des équipes qui vont intervenir sur tel ou tel morceau. Ensuite, quand nous recevons les sessions finalisées, je contrôle la qualité générale de la production des titres piste par piste et je les valide avant leur envoi vers notre catalogue. J’interviens de la même façon lorsque nous rachetons des catalogues existants. Je contrôle les enregistrements, je vois s’ils nécessitent certaines améliorations ou bien s’ils correspondent tels quels à nos standards d’exigence.

CELA DOIT REPRÉSENTER UN BOULOT CONSIDÉRABLE…
T : Je ne suis pas tout seul. Nous sommes quatre à faire ce job. Mais oui, nos oreilles fonctionnent toute la journée, parce que nous voulons vraiment offrir aux gens un service aussi qualitatif que possible. Nous insistons auprès de nos producteurs pour avoir de vrais sons, de vrais violons et de vrais cuivres, pas des instruments virtuels. C’est parfois difficile de discerner le vrai du faux, alors nous sommes très focus là-dessus. Pour chaque chanson, nous travaillons systématiquement avec en parallèle la cover et la version originale pour comparer si c’est vraiment note pour note. Le but, c’est de jouer au jeu des sept différences et il nous arrive sans arrêt de renvoyer des tracks aux producteurs pour leur demander de refaire certains instruments et d’effectuer des corrections. On peut dire que je suis en quelque sorte le gendarme des producteurs (rires).

C : Nous apportons aussi des updates sur les anciens morceaux du catalogue, parce qu’il y a forcément des choses qui évoluent en termes de production. Étant donné le volume de morceaux engrangés ces dix dernières années, cela représente énormément de boulot. Donc, vous l’avez compris en testant l’application, ce qui différencie Jamzone des autres applications, c’est qu’à l’ère de l’intelligence artificielle généralisée, les morceaux de notre catalogue sont joués par de véritables musiciens et rien n’est programmé. L’expérience est juste incomparable.

C’EST VRAI QU’ON PEUT JOUER UNE REPRISE DE FUNK AVEC UNE VÉRITABLE SECTION RYTHMIQUE QUI GROOVE…
C : C’est exactement l’idée, et c’est pour cette raison que nous avons l’habitude de dire que Jamzone est une application faite par des musiciens pour des musiciens.

VOUS PROPOSEZ À VOS UTILISATEURS UN CATALOGUE DE 70 000 TITRES.
T : Oui, et nous ajoutons plus de 450 nouvelles chansons chaque mois.

POURQUOI NE PAS PARTIR DIRECTEMENT DES MULTIPISTES DES ENREGISTREMENTS ORIGINAUX DES ARTISTES POUR LES BACKING TRACKS DE VOTRE CATALOGUE ?
T : Essentiellement pour des raisons légales. L’utilisation des versions originales serait conditionnée par plein de choses. Il faudrait l’accord des labels et des éditeurs, ce qui deviendrait un casse-tête, et puis il y a également un aspect financier, parce que du fait que nous réenregistrons tout, nous sommes propriétaires de nos masters. Il y a déjà eu une boîte qui avait essayé de faire la même chose avec des originaux, mais ils ont fini par disparaître, parce que leur business model était intenable (Jammit, ndlr). L’avantage du fait que nous possédions nos enregistrements, c’est aussi que les utilisateurs qui souscrivent à la version Pro de Jamzone ont non seulement accès à l’intégralité du catalogue en HD, mais ils sont également protégés par une licence qui leur permet de jouer dans les bars, ou même online, et d’exploiter les morceaux librement dans une démarche professionnelle. Ce ne serait pas possible si nous utilisions les tracks originales.

QU’EST-CE QUI DIFFÉRENCIE LA VERSION PRO DE LA VERSION PREMIUM ?
C : La version Premium donne également accès à tout le catalogue en HD, mais sans cette fameuse licence, et puis bien sûr, il y a la version gratuite, qui est très limitée, ne proposant qu’un certain nombre de titres.

LES UTILISATEURS PEUVENT-ILS VOUS RÉCLAMER DE NOUVEAUX BACKING TRACKS ?
T : Oui, souvent, en tapant le nom d’un artiste, il y a des titres de chansons qui apparaissent en surbrillance. Cela signifie qu’elles ne sont pas disponibles et il est possible d’en faire la demande directement dans l’application. Il s’agit d’un système de vote. Dès qu’une chanson est éligible, il nous faut environ trois semaines pour la produire et l’ajouter au catalogue. De même, les utilisateurs peuvent nous signaler des défauts sur une des tracks en nous envoyant des notifications. Cela nous permet d’apporter des corrections.

CE QUE NOUS AVONS TROUVÉ VRAIMENT GÉNIAL, C’EST QUE L’ON TROUVE DES TITRES TRÈS MAINSTREAM DANS JAMZONE, MAIS ÉGALEMENT D’AUTRES PLUS INDÉ, VOIRE CARRÉMENT SPÉ…
C : C’est aussi l’une de nos différences avec d’autres acteurs sur le marché des pistes d’accompagnement. On trouve chez nous des morceaux ultra-populaires, des trucs très lambda, mais aussi des répertoires plus de niche avec du rock, du metal, du punk, du grunge, de la country et du bluegrass, parce que nos utilisateurs sont des passionnés qui aiment la musique. Ils ont chacun leur univers musical et cette passion se traduit aussi dans l’application. En effet, il y a vraiment de tout.

PARMI LES MUSICIENS QUI UTILISENT JAMZONE, SI ON PREND LES DIFFÉRENTS INSTRUMENTS, QUELLE EST LA PLUS GROSSE DEMANDE ?
T : Ce sont clairement les guitaristes. Ils représentent plus de la moitié de nos utilisateurs. Puis, il y a les pianistes, les bassistes, les batteurs, les harmonicistes et en sixième position les chanteurs.

AVEZ-VOUS TOUT DE SUITE TROUVÉ VOTRE PUBLIC ?
C : Au départ, c’était assez organique et il n’y avait pas vraiment de promotion autour de l’application. Puis, des musiciens pro ont commencé à l’utiliser et il y a eu une prise de conscience que Jamzone était peut-être plus qu’une petite application faite pour jammer entre potes. Il y a notamment beaucoup de musiciens en Amérique du Nord qui font du bar ou du caf’conc’ tout seul ou bien en duo, et qui l’utilisent pour jouer et travailler à longueur d’année.

COMMENT RECUEILLEZ-VOUS LES AVIS DES MUSICIENS UTILISATEURS DE JAMZONE ?
C : Nous avons un groupe Facebook privé avec plus de 8000 membres. C’est un lieu d’échange pour les utilisateurs et cela nous permet de collecter plein de feebacks. C’est pratique pour les gens qui découvrent l’application, qui ne sont pas forcément très au courant des avancées technologiques et qui ont un peu de mal, parce que c’est la première fois qu’ils utilisent une tablette ou un smartphone pour pratiquer la musique. Les gens s’échangent des conseils, expliquent leur façon d’utiliser l’application, voire des choses plus techniques. Nous avons donc tous les jours des interactions avec nos utilisateurs et on tient vraiment compte de leur avis : c’est ce qui nous permet d’évoluer, toujours dans une démarche musicale, et de rester un outil fait par des musiciens pour des musiciens. C’est ce qui prime avant tout. Comme certains utilisent l’application pour gagner leur vie, on ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi. À chaque mise à jour, nous nous assurons que l’application soit stable.

QUELS ONT ÉTÉ VOS PLUS GRANDS DÉFIS TECHNIQUES ?
T : Je dirais de faire en sorte qu’il n’y ait aucune erreur théorique dans les transpositions des grilles d’accord, comme des problèmes d’harmonie ou de se retrouver avec un accord de Ré# en Mib, comme c’est le cas dans beaucoup d’autres applications de musique. Tu peux tester Jamzone dans tous les sens, tout fonctionne comme sur des roulettes. Pour y parvenir, nous avons dû prendre conscience qu’on ne pouvait pas utiliser les mathématiques dans les transpositions de gammes. Ça ne marche pas, en fait. Nous avons été obligés d’inventer un autre système que je ne dévoilerai pas, mais qui fonctionne, et il est impossible chez nous d’avoir un mauvais nom d’accord dans une grille. Il y a aussi notre outil de simplification d’accords, l’option SmartChords qui est dans l’application. Simplifier un accord m7, c’est facile, mais simplifier un accord sus ou un accord diminué, c’est une autre paire de manches. Nous avons imaginé trois profils de musiciens : niveau 3, niveau 2 et niveau 1. Il y a les chiffrages complets pour ceux qui comprennent les accords et qui ont la capacité de jouer n’importe quel morceau. C’est le niveau 3. Pour le niveau 2, on simplifie, mais on garde les septièmes et les basses alternatives. Enfin, il y a le niveau 1, c’est-à-dire les gens qui démarrent la guitare et qui jouent des accords en bas du manche ; ils doivent pouvoir jouer tous les morceaux avec des accords simplifiés en Majeur et mineur. Nous avons créé des systèmes de substitution pour que ça marche. Comme ça, on évite les frustrations et tout le monde peut se faire plaisir, même en s’attaquant à un morceau assez complexe. On peut choisir son niveau pour jouer n’importe quel titre de notre répertoire.

JE CROIS SAVOIR QUE CERTAINES FONCTIONNALITÉS NE SONT ACCESSIBLES QUE VIA DES APPAREILS APPLE…
C : Jamzone est disponible sur tous les supports, mais il y a des features qui ne sont disponibles qu’avec les produits Apple. Pour les gens qui sont sur PC, il faut utiliser l’émulateur BlueStacks. Cela est dû à des contraintes de développement, parce que malheureusement, Apple est encore très en avance par rapport aux concurrents. Par exemple, nous avons un partenariat avec la marque de pédales Airturn. Ils fabriquent une pédale que l’on peut connecter en Bluetooth à Jamzone afin de contrôler les différents paramètres, ce qui est très pratique pour le live. Il y a aussi la fonction AUV3, c’est-à-dire l’accès à un format de plugins audio développé par Apple pour iOS et iPadOS, ce qui permet quasiment au musicien d’ajouter par extension des instruments virtuels et de réinventer le morceau à sa sauce ainsi que de faire son propre mix en ajoutant un compresseur ou une reverb. Pour finir, la version Pro sur Apple permet aussi d’enregistrer ce que l’on est en train de jouer avec la fonction Audio Recording.

AVIEZ-VOUS ANTICIPÉ L’UTILISATION PÉDAGOGIQUE DE L’APPLICATION ?
T : Elle n’a pas été développée dans ce sens-là. Disons que ce n’était pas un objectif, mais on se doutait très bien que ça allait être utilisé de cette façon, parce que Jamzone est objectivement un support très pertinent pour de la pédago.

C : C’est lié au fait de pouvoir ralentir le tempo et aussi de muter les pistes pour écouter son propre instrument, sans parler des parties de loop, qui permettent d’écouter en boucle des parties précises pour pouvoir les travailler de manière détaillée. L’évolution technologique de l’application va également dans ce sens avec des fonctionnalités qui se sont ajoutées, comme l’outil de simplification d’accords SmartChords ou SmartCapo pour la transposition. C’est vrai que l’utilisation de Jamzone a évolué, devenant à la fois un outil qui sert pour des jams, pour des professionnels désireux de se produire en live avec accompagnement et un son de qualité, et pour des profs de musique qui veulent faire travailler des morceaux à leurs élèves, surtout à l’ère des nouvelles technologies, parce que l’environnement Jamzone est quand même plus ludique et immersif que du papier à musique.

MERCI, LES GARS.
C : Merci à vous, et nous attendons la communauté des Guitare Xtremistes sur Jamzone. Ils vont forcément adorer !

Version Premium : 8,99 € / mois
Version Pro : 17,99 € / mois

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