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N°134

DOSSIER SON : LE WET/DRY/WET OU LA SAINTE TRINITE

Les maîtres du métier, qu’ils jouent live ou en studio, nous éblouissent souvent par la qualité et la transparence de leur son. Bien sûr, l’expérience et les doigts parlent d’eux-mêmes et représentent une part non négligeable de l’équation, mais il y a aussi des secrets de fabrication, des astuces de pro que vous pouvez reproduire avec un peu de moyens dans votre home studio ou en concert avec votre groupe, et qui pourraient bien transfigurer votre son. Stephane Herbuel est une épée du milieu marseillais, un vétéran du métier qui a des centaines de concerts à son actif. Ce grand passionné partage avec vous son savoir en matière de matos et quelques infos de terrain d’une rare préciosité. Profitez-en !

Stéphane Herbuel, professionnel et passionné ©Jean-Claude Durgnia

Par Stéphane Herbuel

LE WET DRY WET, C’EST QUOI ?
Lorsqu’on joue en mono, le son ne sort que sur un seul ampli. En stéréo, logiquement, il en faut deux. Pour la configuration wet dry wet que je vous propose d’étudier ici, il nous en faudra… trois. Sur le premier sortira uniquement le son « dry », c’est-à-dire le son brut de la guitare avec les effets de « traitement » ou de « grain » (overdrive, distorsion, fuzz, compresseur, égaliseur, wah, etc). Les deux autres, quant à eux, recevront uniquement les effets de spécialisation (reverbe, delay, entre autres).

Note : Les enveloppes type chorus, flanger ou phaser se placent selon les goûts sur l’ampli « dry », ou pour un effet beaucoup plus prononcé sur les baffles « wet ».

LES AVANTAGES DU WET DRY WET
L’avantage essentiel de ce système, c’est que l’enceinte ou baffle « dry » ne restitue que du son « direct », c’est-à-dire un son intègre qui n’est pas pollué par les reverbe ou delay. Cela permet au guitariste de gagner énormément en précision et de jouir d’un son beaucoup plus réactif. Ce n’est pas un hasard si le Wet Dry Wet est utilisé par des pointures du métier, comme Eddie Van Halen, Larry Carlton, Eric Johnson, Steve Lukather, Mike Landau, et plus près de chez nous, Jean-Michel Kajdan ou Kamil Rustam. Ce système Wet Dry Wet peut également se révéler salutaire pour les guitaristes qui jouent avec un ampli à faible wattage désirant bénéficier pleinement de la saturation de l’étage de puissance et du grain inimitable que cela procure. En mono, avec les effets, on obtient une bouillie sonore.

EN PRATIQUE, ON FAIT COMMENT ?
Alors c’est bien beau, mais tout cela étant dit, il va falloir mettre les mains dans le cambouis. Tout d’abord, a-t-on nécessairement besoin de trois amplis pour une telle config ? Pas forcément, comme nous allons le voir. MISE EN OEUVRE : Il vous faudra deux éléments primordiaux : A : Un multi-effet pour la reverbe ou delay possédant une fonction « kill dry ». Cette dernière permet de ne laisser passer que l’effet et non le son direct pour alimenter les baffles wet (un peu comme « retour d’effet » en studio). B : (sauf pour la méthode « Carlton ») La possibilité de récupérer le signal en niveau ligne après le power amp de l’ampli « dry » (ceci afin de récupérer tout le grain de l’ampli principal) avec un appareil de type « Rat valve amp speaker load » par exemple, qui se connecte entre la sortie power amp et le baffle, et qui possède une sortie ligne qui servira à alimenter le multi-effet pour le « wet »

1 ] LA MÉTHODE STEVE LUKATHER
Luke, par exemple, utilisait trois baffles CAE avec un ampli de puissance VHT mono pour le « dry » et un autre ampli de puissance VHT stéréo pour alimenter les deux enceintes « wet ». Il s’agit de la meilleure solution, mais il faut prévoir trois micros pour la repique, et accessoirement avoir des vertèbres en bonne santé pour tout transporter de gig en gig.

© Nidhal Marzouk

2 ] LA MÉTHODE MIKE LANDAU
Laundau utilise quant à lui son ampli principal pour le « dry », et pour le « wet » il alimente deux cab de 2×10’’ avec un ampli à transistor stéréo. Comme il récupère le signal après la section puissance de son ampli principal, les amplis « wet » n’ont pas besoin d’être à lampes. Le fait que les deux « wet » soient alimentés par un ampli à transistors présente même des avantages (plus neutre et droit).

Michael Landau, gastronome du son de guitare ©Austin Hargrave

3 ] LA MÉTHODE LARRY CARLTON / ERIC JOHNSON
Ici, nous sommes dans une tout autre vision du Wet Dry Wet : Carlton repique son ampli principal, une tête Dumble et un baffle 1×12’’, avec un micro sur une table de mixage. De cette mixette, il met ses effets « wet » en auxiliaire et envoie le résultat sur la façade (comme on le ferait pour un chanteur), et pour son écoute du « wet », il prend deux retours EON « pleine bande » (comme une sono quoi). Le gros avantage de cette méthode est que l’on n’a besoin que d’un ampli et d’un seul micro. Mieux : si on joue avec des ear monitors, ce n’est même pas la peine d’avoir des EON en retours ! Un ampli, une mixette et on a un Wet Dry Wet !

Larry "Mr 335" Cartlon ©DR

Précaution d’usage : La seule chose délicate dans cette dernière méthode, c’est que le micro qui repique l’ampli peut aussi repiquer d’autres instruments dans l’environnement immédiat du guitariste (batterie, basse, etc.) et du coup leur appliquer aussi du delay si ce dernier est réglé trop présent. On peut opter pour le même système, mais préférer, plutôt que le micro pour alimenter le « wet », un lecteur d’IR ou un simulateur de HP type Torpedo ou Palmer. Ainsi, on est safe sans risque de repique.

Inconvénients : Si on opte pour le système Lukather/Landau, il y a trois micros de repique. Il va falloir négocier avec l’ingénieur du son de votre tournée, et surtout lui faire pleinement confiance quant au mix dry/effets. Enfin, si vous prémixez vous-même votre dry/wet avec le système Carlton/Johnson, l’ingénieur recevra un droite/gauche qui devra être bien équilibré, autrement, il risque de ne pas avoir assez d’effets ou au contraire d’en avoir trop. Il faudra donc être particulièrement précis.

Variante : D’autres guitaristes, à l’instar de Scott Henderson, ne font qu’un simple « dry/wet ». Le principe est le même, avec un ampli pour le « dry » et un pour le « wet ». Les effets sont donc en mono. Pour l’avoir vu en master class évoquer ce point, il a vraiment insisté sur le fait qu’avoir le « dry » et les effets séparés fait tout de même une énorme différence sur le son ainsi que sur le ressenti. A vos essais !

Le grand Scott Henderson ©DR